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Il est mort de quoi ?…

La semaine dernière, nous avons perdu 2 personnes : une de nos patientes et le conjoint d’une de nos patientes.

Et comme à chaque fois dans ces cas-là, nous sommes confrontées ma collègue et moi à l’insensibilité, à l’égoïsme, à tout ce qui fait la bassesse de l’âme humaine…

Oui les soignants ont de la peine, voire un grand chagrin ; non les soignants ne s’habituent jamais à ce genre de chose ! Notre métier c’est soigner, ce n’est pas croque-mort. Oui souvent malheureusement on accompagne.

Je voudrais juste rendre hommage aux accompagnants (époux, épouse, compagne, compagnon) de personnes malades. Celles et ceux qui se dévouent tous les jours pour le bien-être de la personne aimée, qui font les courses, préparent les repas, font la toilette, le ménage, pensent aussi au bien-être des soignants et divers intervenants, sans se plaindre ou si peu, toujours le sourire malgré la fatigue, l’âge qui monte, les douleurs et parfois la peine et le désespoir. Car ce sont eux qui ne dorment pas la nuit ou si peu, qui encaissent les coups parfois sans rien dire et qui continuent à faire bonne figure devant la famille et les enfants, ceux-ci bien trop contents de ne pas avoir à s’occuper d’une personne malade, ne pensant pas ou peu à soulager l’accompagnant en dehors d’une semaine ou 2 par an.

La fin de vie, c’est aussi faire face aux personnes indélicates, limites grossières, vous savez celles qui veulent connaître les détails les plus sordides, afin d’en faire les choux gras du voisinage. Ce sont les personnes qui s’étonnent qu’un vieux monsieur de 87 ans soit mort paisiblement en regardant la télé, « parce qu’il avait l’air en forme », « parce que ce n’est pas normal », « parce que peut-être… » Et cela se termine immanquablement par : « il est mort de quoi ? »

Parce que de nos jours, on doit forcément mourir de quelque chose, de maladie ou d’accident, mais surtout pas de vieillesse ! Je suis stupéfaite par ce constat en regardant la télé, en lisant le carnet du jour du Figaro : ce n’est pas « normal » de vieillir.

Est-ce parce que nous nous croyons éternels ? Est-ce parce que c’est plus « glamour » de mourir d’une « longue maladie » ?

J’avoue que depuis quelques temps, je rappelle malicieusement à mes patientes de plus de 80 ans qu’elles sont de vieilles dames et elles se vexent, voire se mettent en colère ! Une m’a dit qu’elle sera vieille vers 102-103 ans…

Alors je les plains tous ces gens qui ne pensent pas qu’un jour tout peut se terminer comme çà en un battement de cils, que ce n’est pas le plus malade qui meurt le 1er et qui ne savent pas qu’à partir de 75 ans, on ne meurt pas de maladie mais de vieillesse !!!

Si notre corps, si nos organes se dégradent, c’est pour nous familiariser à l’idée qu’un jour ce sera fini. Et c’est pourquoi, il y a des morts plus injustes et plus choquantes que d’autres…

 

Muriel

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7 commentaires sur “Il est mort de quoi ?…

  1. Bonjour Muriel ! Comme d habitude je suis d accord avec toi. Mais je me disait que justement les gens sont tellement (malheureusement ) habitué a la maladie que quelqu un qui meurt de vieillesse ça en deviendrait presque anormal … ! Bisoux

  2. Bonjour,

    Comme toujours je trouve votre post tellement bien écrit et si juste.

    Les médias hélas contribuent à mettre en avant que l’on peut repousser l’inévitable, mourir de sa belle mort.

    Ce qui pouvait être naturelle avant, ne l’est plus maintenant.

    Où va le monde de nos jours?
    Une chose est sûr, les langues de vipère, pour ne pas dire autre chose, ne change pas.

    Bonne journée à vous.

  3. c très juste!

    mes parents ont été très entourés par mes soeurs (dans le Sud) et mon père s’est éteint dans son sommeil, il se sentait très fatigué d’un coup, il a fait une sieste et ne s’est ps réveillé, là c celui qui reste qui est choqué.., ma mère a eu un alzheimer, maison médicalisée et le personnel était vraiment top, dispo sans être pot de colle, pro mais humain, on les a remerciés chaleureusement quand cela a été terminé et j’étais épatée de voir que certaines infirmières et aides-malades avaient plus de vingt ans d’ancienneté, dans un environnement aussi difficile, chapeau bas !

  4. La mort fait malheureusement parti de l’environnement du corps médical et paramédical….et accompagner les mourants également….et c’est très dur….trop dur parfois.

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