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L’art du temps

Quand je suis devenue maman, j’ai appris la rapidité, l’urgence, l’empressement, le devancement et l’anticipation permanente. Car il fallait toujours que le biberon soit prêt au moment où mon bébé ouvrirait l’oeil, avoir la solution pour mon bébé fiévreux ou vomissant à la crèche, être disponible pour la répétition de dernière minute au conservatoire ou la consultation chez le médecin en urgence… Ma vie est devenue une série de « si » et de « tu peux ? ».

Il faut dire que c’est le rôle d’une infirmière de surveiller mais aussi de détecter les effets secondaires des traitements par exemple. Donc c’est devenu une seconde nature d’anticiper, de toujours avoir un plan B.

Grâce au yoga, à la méditation et à la supervision avec la psy, j’ai ralenti le fonctionnement de mon cerveau. J’ai appris à me servir de la fonction pause, parfois à un point tel que je me fais l’effet d’être une tortue ! Je me suis aperçue que je me laissais surtout dévorer en permanence par des besoins et des urgences qui ne sont pas les miens.

Ne pas se laisser parasiter en permanence, ni vampiriser.

Me concentrer et faire d’abord ce que j’ai à faire.

Ne pas répondre au téléphone quand je suis occupée ou quand j’ai décidé de me détendre. Pour cela, je n’ai pas hésité à débrancher le téléphone de ma chambre. J’ai aussi appris à activer la fonction « ne pas déranger » sur mon téléphone portable à certaines heures. J’en ai assez de me faire bousculer par les patients sous prétexte qu’il faut répondre au téléphone, même quand on est dans la salle de bain. J’en ai assez que des personnes m’appellent 10 fois de suite sur mon téléphone pro alors que j’ai un répondeur et que je peux les rappeler quand je suis disponible.

Je rationalise la consultation de mes mails ainsi que mon addiction aux réseaux sociaux.

J’en ai assez de ces urgences qui n’en sont pas. En tant qu’infirmière, je pense avoir une notion assez juste de l’urgence, de l’urgence vitale même ! Je n’anticipe plus les catastrophes car c’est vivre dans un stress permanent qui m’empêche de profiter de l’instant présent. En fait, c’est surtout en observant les dégâts du stress sur mon mari que j’en ai pris conscience : il est passé maître dans l’art de ne pas profiter de son week-end ni de ses soirées parce qu’il passe son temps à penser aux réunions, aux dossiers et aux emmerdes du lundi !

Mon nouveau combat c’est éliminer les 36 horloges de l’appartement ! Ok j’exagère mais il y a l’heure absolument partout, sur tous les appareils, sans compter les horloges dans chaque chambre, la cuisine et la salle de bain. J’ai enlevé les piles des horloges dans les chambres des filles, je vais retirer l’horloge de la cuisine et du salon bientôt…

Dans ma chambre, la radio de la chaîne hifi est programmée pour s’allumer tous les jours à 5h57 !!! Donc même les jours où je ne travaille pas, j’ai droit à Thomas Sotto et Julie dans les oreilles. Sans oublier les 3 autres radios que mon mari allume sur son passage entre la cuisine, le salon et la salle de bain. J’ai commencé par demander à ce que la radio soit programmée pour s’allumer plus tard le week-end. Même si je travaille, mes tournées sont allégées. Mais ce n’était pas suffisant ! J’attache une grande importance au respect du rythme de chacun à la maison, à ne pas faire de bruit quand je pars travailler quand tout le monde dort et j’ai réalisé que mon mari et mes enfants n’avaient pas la même attention à mon égard (c’était déjà vrai quand je travaillais de nuit). Sauf qu’avec l’âge et mes 8 années de nuit, mon sommeil s’est dégradé… Comme beaucoup de gens, j’ai commencé par prendre une tisane, puis de l’homéopathie et un 1/2 somnifère pendant quelques mois. J’ai cependant vite cessé en prenant conscience que je mettais ma santé en danger juste parce que j’avais l’habitude de m’arranger pour ne pas les déranger. Alors j’ai débranché la chaîne hifi, ce qui a effacé les réglages de mon mari et je les ai changés : la radio ne s’allume dorénavant qu’à 7h le matin en semaine et à 9h le week-end. J’ai informé Petit mari qu’il devrait dorénavant se servir de la fonction alarme de son téléphone et se lever réellement tout seul comme un grand le matin. Inutile de vous dire qu’il a fait la gueule ! Le constat a été très rapide : j’ai gagné en durée et en qualité de sommeil. Et mine de rien, même s’il n’en a pas conscience, son niveau de stress et de mauvaise humeur du matin a diminué. Si je dois me lever à 5h30 ou 6h, j’ai plus d’une heure de silence devant moi et j’apprécie pleinement ma morning routine.

J’ai gagné du silence, du temps de cerveau disponible pour rêver « sainement » et ne pas être polluée par les infos en mode accéléré du matin. Cette sérénité nouvelle nous aide aussi dans le fameux « temps de parents », ne pas se sentir pressé bousculé, faire les choses tranquillement. J’ai gagné du temps de qualité, je profite mieux de l’instant même si j’ai un planning serré certains jours. Quand je suis chez moi, je suis dans mon cocon, à l’abri des « agressions » qui doivent rester à l’extérieur et vivre à mon rythme…

 

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Muriel

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Un commentaire sur “L’art du temps

  1. Tu as effectué un immense travail pour en arriver la si vite (si, si, je sais ce que je dis!! LOL)
    J’espere que ton article fera faire des prises de conscience ou stimulera les personnes en chemin.
    Si a ton age (que j’évalue) que j’avais parcouru ce chemin, je me serais sûrement évité des soucis de santé. :)
    J’avais les cartes en mains, je n’ai pas su les utiliser à cette époque.
    Merci Muriel. :)
    Isa (venue via Damouré Do)

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