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Grande fille 2è partie

Dans ce nouveau collège, bien qu’elle se soit fait voler son lecteur MP3 au bout d’une semaine et qu’il y ait tous les jours des bagarres dans la cour de récré, Grande fille s’est fait de vraies amies (qu’elle voit encore régulièrement 8 ans plus tard). Elle a eu la chance de tomber sur des profs motivés et désireux de tirer leurs élèves vers le haut. Ainsi nous avons été convoqués par la prof de Français (qui tenait à son titre de prof de Lettres !) qui avait fait venir les parents de ses meilleurs élèves, afin de nous parler des grands lycées parisiens, de son ambition pour eux, etc.

En 3è, les profs étaient malheureusement moins ambitieux, plutôt soucieux de faire comprendre aux élèves que le lycée de secteur avec ses 69% de réussite au bac était un « très bon lycée » (ce que la prof de maths de ma fille sa prof principale m’a dit quand je lui ai parlé des fameux dossier pour Louis le Grand et Henri IV). Cette année-là, Grande fille a eu une prof d’Allemand assez sévère et s’est braquée. Du coup, 6 de moyenne toute l’année. La note que l’on remarquait tout de suite sur son bulletin et qui lui a fait louper la mention très bien de 0,1 au Brevet des Collèges. Cela l’a certainement pénalisée aussi pour ces fameux lycées prestigieux. Mais comme dans la procédure d’admission à la MELH il y a un entretien avec la direction, Grande fille a pu expliquer sa note d’Allemand et faire remarquer qu’elle apprenait 3 langues vivantes…

L’internat n’était pas réellement un choix, juste une conséquence de l’admission à la MELH. Grande fille était une fan de Harry Potter, il y avait ce petit fantasme Poudlard… Bien sûr il y avait la crainte de ne pas avoir de copines, sa tendance égoïste à croire que la vie de la famille ne tournait qu’autour d’elle, etc. L’année de 2nde a été difficile les 1ers mois à cause du rythme de vie (certaines journées démarrent à 8h pour se terminer à 21h à cause des options), monter descendre des centaines de marches, traverser le parc au pas de course… En plus, elle rentrait tous les mercredis après-midi pour son cours hebdomadaire de violoncelle au conservatoire (3h de métro aller retour pour 45mn de cours). Elle, qui était un peu ronde au collège, a perdu 7-8 kg en quelques semaines. La plus grande difficulté n’était pas la vie en internat mais son refus de participer aux corvées familiales les week-ends. Elle pensait naïvement que nous passerions à tous ses caprices sous prétexte de sa scolarité particulière. En plus pour la 1ère fois, elle n’était pas en tête de classe et devait travailler. Elle avait aussi plusieurs camarades qui avaient sauté une classe, et une qui avait 2 ans d’avance. A la fin d’année scolaire, avec son passage en 1ère S acté, elle pensait que le plus dur était fait.

En 1ère, elle avait ses marques, des copines, faisait la fierté des profs de musique, était invité comme élève méritante à la Grande Chancellerie. Elle a découvert la salle internet mise à disposition des élèves, financée par l’association des parents d’élèves. Bref elle se sentait en confiance et passait ses heures de permanence et d’étude sur Facebook. Son truc aussi était de nous faire culpabiliser en nous disant qu’on s’était débarrassé d’elle à l’âge de 14 ans… Après des épreuves de fin d’année catastrophiques dans les matières scientifiques, le redoublement a été proposé. Le hic à la MELH est que le redoublement n’est pas autorisé. Etrangement, elle s’est tout de suite prise en main en sollicitant un entretien avec la surintendante générale, a défendu son cas et a obtenu de redoubler dans l’établissement. Tout ceci sans que nous ayons à intervenir, ni à nous déplacer ! La 2è claque est venue des résultats aux épreuves anticipées de Français avec d’excellents notes qui ne servaient à rien. Ce redoublement marquait aussi la « perte » d’un groupe classe ainsi que l’appartenance à une promotion.

Pour nous parents, le redoublement n’était pas un échec mais juste une étape nécessaire sur le long chemin de la maturité affective, une meilleure organisation dans son travail et une gestion efficace de ses capacités. Nous étions pleinement conscients que l’internat nous évitait bien des crises et des conflits car si Grande fille avait fait sa scolarité dans notre lycée de secteur, elle aurait succombé à la télé et aurait passé des heures sur l’ordinateur au lieu de faire ses devoirs, toute occupée à essayer de gérer sa vie sociale.

La 2è année de 1ère et la terminale se sont déroulées sans encombre. Sa nouvelle classe était encore plus sympa que la précédente, elle était de toutes les cérémonies officielles et chaudement félicitées par les prestigieux invités à chaque concert.

Concernant l’après-bac, elle était passé en 2nde de « journaliste scientifique » à « je veux faire de la chimie ». Je lui avais suggéré de tenter pharmacie. Elle a choisi de faire une classe préparatoire scientifique. Sa stratégie a fait peur à certains profs, a même suscité des commentaires de certains parents (on se demande encore !). En tout cas elle a obtenu quasiment tous ses choix à partir du 3è voeu… Un bac mention Bien et beaucoup de larmes d’avoir loupé la mention Très Bien de 0,2 (çà vous rappelle quelque chose ???).

J’ai su que l’année de prépa s’engageait mal quand j’ai vu qu’elle ne s’intéressait pas au programme de révision, me racontait des histoires pour ne pas se mettre au travail avant la rentrée… Et surtout quand elle a commencé à rentrer en racontant qu’elle s’est fait un groupe de potes. Est venu ensuite la sortie en happy hour dans un bar à Bastille ! En novembre, je savais que l’année était foutue quand la nécessité d’une vie sociale, la « découverte » des garçons, la possibilité d’une histoire amoureuse prenait le pas sur les études. En décembre, on a eu droit à la grande scène comme quoi elle ne pouvait pas travailler à la maison, qu’il y avait trop de bruit, qu’en internat c’était plus calme, qu’elle avait besoin d’être seule pour travailler… Nous lui avons alors trouvé une chambre en coloc à 1km de chez nous (500€ de loyer – 300€ pour ses frais) avec l’engagement de bosser pour passer en maths spé. Elle a eu de super amis, a monté avec eux un groupe de rock, a vécu une vie de célibataire et s’est mitonnée des petits plats à coup de magret de canard, d’entrecôte et je devais lui faire des rallonges financières en plus. La belle aventure de la coloc s’est terminée avec les résultats et une réorientation en Paces (1ère année de médecine avec pour objectif de réussir pharmacie). Et elle a regagné l’appartement familial bien sûr ! Elle n’avait pas non plus jugé utile de suivre nos recommandations en matière de recherche d’un job d’été. Oui la pauvre pré ado en classe de 5è était devenue une gosse gâtée douée mais qui ne voyait pas l’utilité de faire des efforts. Ah oui j’ai oublié : elle a aussi loupé son retour au conservatoire car elle avait la prof de violoncelle titulaire… Et ses potes passaient quasiment tous en maths spé, eux.

Elle s’est donc inscrite en médecine l’année suivante, plus pour nous faire plaisir, que dans l’optique de tout donner pour réussir. Vous vous souvenez du bébé qui a attendu que ses camarades marchent avant de marcher à son tour officiellement à la crèche ? Voilà, je sais que ma fille n’a pas un mental de « tueuse » : la compétition, avoir l’impression de jouer sa vie à chaque épreuve n’est pas son truc ! Notre travail pendant ses 2 années (oui car elle s’est obstinée à redoubler médecine) a été de lui faire comprendre qu’elle avait le droit de perdre du temps car ce qu’elle apprenait lui servirait (au moins pour sa culture générale), qu’il fallait qu’elle trouve en elle ce besoin, cette rage de réussir, que si les amis c’est important, on nait seul et on meurt seul. Elle devait apprendre à être autonome d’un point de vue affectif. Ne pas attendre sur ses amis pour aller au cinéma, boire un verre, partir en vacances etc. Le bon côté est que çà l’a rapprochée de ses frère et soeurs. Le coup de boost est venu de son frère qui a vu son rêve de cadet se réaliser : il est devenu aussi « grand » que sa soeur (physiquement il fait 20 cm de plus qu’elle) et l’a rattrapé scolairement !!! Oui j’ai eu 2 enfants en médecine en même temps : ma fille redoublait médecine pendant que mon fils faisait sa 1ère 1ère année !

En gros, il a fallu 3 ans après le bac pour que les choses s’équilibrent enfin, que Grande fille se connaisse, ait conscience de ses point forts et de ses points faibles. 3 ans pour qu’elle apprenne à être moins dépendante des autres et à tracer réellement sa route. Elle est actuellement en 2è année de licence de chimie dans une université qu’elle a choisi pour son excellence, même si cela voulait dire aucune équivalence et se retrouver avec des jeunes bacheliers quand on a déjà plus de 21 ans. Elle a su décrocher un job d’été, et même un job d’étudiante à l’année. Elle s’est investie dans une association à la fac, a son permis, sa petite voiture qu’elle partage avec son frère. Et surtout, elle a plein d’amis !!! Parfois, elle sort son violoncelle mais fait du sport chaque semaine.

 

Muriel

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8 commentaires sur “Grande fille 2è partie

  1. Bonjour, je vous lis depuis de (très) nombreuses années. Aussi, vos deux derniers posts me touchent particulièrement, et m’amènent à me retourner sur le parcours de mes propres enfants, qui ont sensiblement le même âge que les vôtres. Cordialement

  2. Je te lis depuis longtemps. Nous nous connaissons un peu dans la vraie vie. Mais je découvre ce parcours de la précocité. Tes deux derniers posts sont passionnants pour la prise de recul nécessaire à leur écriture.
    Merci beaucoup de ce partage de vos vies.

  3. Merci pour ce billet rassurant qui ne montre pas que des réussites mais démontre que LA réussite est de se rencontrer soi-même au bout du chemin.
    Je n’accepte sans doute pas assez l’échec chez mes enfants. Encore trop fidèle. Au cultebde l’enfant parfait.

  4. Merci Muriel pour ce récit très instructif. J’ai une question : comment as-tu géré l’hyperémotivité de ta fille au fil des années ? J’ai la même à la maison. Elle n’a que 5 ans mais ses pleurs pour tous motifs sont parfois difficiles à accompagner…

    • Bonjour Sabine, pas de recette miracle malheureusement car il y a une part d’hyperémotivité (sentiment d’injustice) et une autre d’intolérance à la frustration. Nous faisons une différence entre ces pleurs et un chagrin dû à une perte. Du coup, il y a les pleurs qui peuvent être consolés par les parents et ceux qui demandent à l’enfant de trouver des ressources en lui-même. Pour les pleurs de frustration, d’exaspération, de colère, nous lui demandions d’aller dans sa chambre et de revenir quand elle serait calmée. Cela a donné des scènes parfois cocasses, des claquements de porte mais elle est toujours revenue plus calme et nous avons pu discuter ensuite. Son instit de Grande section l’avait compris et procédait comme nous. Du coup, les pleurs avaient beaucoup diminué et quasiment disparu (nous faisions le point chaque semaine). En CE1, face à une instit peu patiente et moqueuse, c’était la cata. Donc exercices de respiration, fermer les yeux, rentrer en soi et paroles positives.

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