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Grande fille 1ère partie

Depuis pas mal de temps, je me pose la question de faire un petit bilan de nos choix éducatifs. Beaucoup d’entre vous sont arrivés ici à cause de leur questionnement sur la précocité intellectuelle et il me paraît juste de vous en reparler avec le recul de quelques années…

Grande fille, notre aînée, est née en mars 1994. Elle a donc 22 ans 1/2.

C’était une petite crevette de 2,5 kg à la naissance. Mais un bébé vif, tonique comme disait la pédiatre qui nous parlait de précocité alors qu’elle n’avait pas 1 an. Elle est rentrée à la crèche à l’âge de 6 mois. Je me souviendrais toujours qu’elle rampait à peine au début de la semaine d’adaptation et le vendredi elle se déplaçait en se tenant aux meubles.

J’ai su rapidement qu’elle n’avait pas une mentalité de 1ère de la classe car elle a attendu que les 2 grands de sa section (nés en janvier) marchent pour marcher à son tour alors qu’elle marchait depuis 2 mois à la maison. Bien entendu l’auxiliaire puer ne nous croyait pas et nous répondait avec un petit sourire en coin. Elle allait aux bébés nageurs le samedi matin et faisait la joie des maître-nageurs qui adoraient sa petite bouille et son dynamisme.

L’entrée en maternelle s’est faite à l’âge de 2 ans 1/2. Elle terminait tranquillement son apprentissage de la lecture : Maman comment çà se prononce t-i-o-n ? Ma mère, ancienne instit, nous parlait déjà de saut de classe. Pour nous, si les instits ne disaient rien, c’est qu’il n’y avait rien à dire… Le problème était essentiellement son manque de confiance en soi, une hypersensibilité face aux méchancetés de certains camarades : « T’es noire t’es moche ». Jusqu’au fameux jour où elle m’a dit, alors que je regardais une redif de Cosby show : « j’aime pas être noire »… Je parlerai de ce sujet une autre fois.

Alors qu’elle lisait Roméo et Juliette à l’âge de 5 ans, l’équipe pédagogique a refusé le passage en CP après 3 années de maternelle, à cause de sa fragilité émotionnelle (elle pleurait « facilement »). Mais l’instit de Grande section a jugé elle que les textes devaient s’appliquer à notre fille puisqu’elle maîtrisait parfaitement les connaissances du cycle. Donc il a été décidé un saut de CP. Ok pas de quoi fouetter un chat pour une enfant née en mars !

L’année de CE1 a été cauchemardesque car notre fille a été humiliée par une instit qui estimait que le saut de CP était inadmissible et ne « croyait » pas à la précocité. Je me souviens encore que nous avons dû trouver en catastrophe une psychologue pour faire des tests de QI et qu’en revenant avec les résultats et les recommandations (QI dans la marge précocité avec une mention sur le fait que les résultats étaient certainement inférieurs à ce qu’ils auraient dû être à cause du manque de confiance en soi et l’attitude de l’instit en classe), l’instit et le directeur d’école nous ont ri au nez en nous demandant combien on avait payé pour avoir ces résultats… Le problème est que notre fille était largement au-dessus des autres d’un point de vue scolaire puisque maîtrisant ses tables de multiplications et déjà aux divisions aux vacances de la Toussaint en CE1. Donc scolairement parlant, rien à dire. Juste ce manque de maturité affective…

Le bilan nous a permis de comprendre le fonctionnement de sa pensée, le type de mémoire qu’elle favorisait, bref de mieux la cerner et répondre à ses demandes. La psychologue nous a très bien aiguillé en insistant sur les autres types d’intelligence et la favorisation de l’épanouissement qui passait par des activités extra-scolaires, afin de se découvrir d’autres talents et d’équilibrer sa personnalité.

Ce sont les années conservatoire avec l’apprentissage du violoncelle, du piano, de la guitare, de la danse classique, de la natation, des cours de chinois et d’anglais… On a refusé l’équitation et pleins d’autres choses ! Elle avait un emploi du temps de ministre pour répondre à ses demandes, qu’elle nous sollicite un peu moins et se sente valorisée ailleurs afin de gagner en confiance en soi. Elle a aussi commencé à partir en colonie de vacances dès l’âge de 5 ans 2 fois par an.

Une super année de CE2 avec une instit qui n’hésitait pas à la solliciter, à lui donner du travail supplémentaire et à la valoriser avec des exposés, des concours de lecture, etc. Pour mieux gérer l’avance scolaire, nous l’avons fait entrer en CHAM classe à horaire aménagé musique. Expérience peu concluante car l’instit de CM1 vouait une haine féroce aux parents et enfants de ces classes (nous n’étions qu’une bande de beaufs croyant leurs enfants au-dessus des autres !). On a dû aussi affronter la prof de solfège du conservatoire parce que la prof de violoncelle demandait un saut de classe de solfège…

Le violoncelle, çà a été THE truc : Grande fille a trouvé une 2nde maman (je ne suis pas jalouse !) en sa prof Thérèse. C’était une relation forte qui a duré 13 ans. Thérèse l’a encadrée, bichonnée, chouchoutée tout en la faisant avancer à son rythme donc n’hésitant jamais à lui donner des morceaux plus difficiles. Le problème est qu’elle était prof assistante et que les élèves doués devaient être encadrés par la prof titulaire. Mais le courant n’est jamais passé entre ma fille et elle. La prof était géniale mais avec un profil plus strict donc moins chaleureux. Clairement cela a été un échec à chaque fois (2 années sur les 13) à cause en grande partie de la dépendance affective de ma fille et sa propension à n’envisager les autres que dans un rôle de miroir.

En tant que parent, je me suis attachée à l’observer dans ses différentes activités, avec ses camarades, ses frères et soeurs. Mes enfants ne sont pas moi et mon rôle est de les aider à mieux se connaître, s’épanouir et tirer le meilleur d’eux-même. Si nous avions une petite fille jolie, vive, intelligente, il ne s’agissait pas pour nous d’être béat d’admiration. Nous avions des principes d’éducation auxquels nous n’avons pas dérogé, sous prétexte de précocité intellectuelle. Je n’ai pas passé mon temps à me justifier auprès de ma fille sur l’heure du coucher, des règles de vie en famille, de l’utilité des devoirs ou du travail de l’instrument, etc. Idem en famille ou avec les amis, nous répondions aux questions, donnions des adresses mais nous n’avons jamais définis nos enfants par leur QI. J’ai évité de donner au maximum le fameux chiffre et nos enfants n’ont eu les résultats de leurs tests lors de leur 18è anniversaire avec l’ensemble des papiers les concernant. Je répète : les tests sont un portrait de l’enfant et un outil de « coaching » pour les parents. Cela ne fait pas de nous des parents « éleveurs de champions » ! La réussite de nos enfants n’est pas la nôtre : c’est la leur !!! Je crois qu’avant tout, j’ai confiance en eux, en leurs capacités. Même face à des enseignants méprisants, moqueurs, nous avons fait face à 2, toujours. Et nous n’avons pas hésité à lâcher du lest sur nos exigences scolaires, si nous sentions qu’il y avait quelque chose qui se jouait ailleurs, une étape à franchir. Car si le saut de classe permet de nourrir l’enfant intellectuellement et à lui apprendre le sens de l’effort, il faut savoir à certains moments accepter un redoublement ou un échec qui permettra à l’enfant de rattraper son « retard » affectif et équilibrer sa personnalité afin de mieux repartir…

Pour répondre à sa demande et dans un souci de réussite scolaire, nous avons mis notre fille dans un collège privé dans la ville d’à côté car c’était un des rares établissement à proposer des classes bi-langues dès la 6è (anglais-allemand). Elle y a retrouvé des camarades de primaire et du conservatoire. Scolairement toujours aucun problème, socialement oui. L’éternel demande d’ami(e)s, ce repli sur soi et des complexes physiques. Nous devions quasiment la passer au karcher le matin tellement elle se maquillait !!! Un comble pour une mère qui ne se maquille pas. Tout son argent de poche y passait. A la fin de l’année scolaire, j’avais un tiroir plein de maquillage confisqué ! Et elle avait peu ou pas d’ami(e)s, servant un peu de 5è roue du carrosse (utile pour avoir des bonnes notes aux contrôles). En 5è, çà a été un problème avec le montant d’argent de poche. Etant des parents présents, nous n’achetions pas l’affection de notre enfant avec de l’argent, ni des vêtements de marque ou autre… Et comme elle voulait fréquenter les élèves populaires, financièrement elle ne pouvait pas suivre et se pensait la risée de ses camarades. La collection d’euros de mon mari y est passée à son insu. Elle pleurait pour un rien et n’arrivait pas à verbaliser son mal être. Nous avons préféré la changer d’établissement et sommes allés au plus près en la mettant dans le collège de secteur. Avec le temps, les parents grandissent et mûrissent aussi. Notre certitude est qu’un bon élève reste un bon élève quel que soit l’établissement. Ce qui fait la différence, c’est la présence et l’attention des parents. Elle était donc dans un collège de secteur classé ZEP et nous avons négocié un parcours « spécial » avec la direction qui lui a permis de garder Anglais et Allemand en LV1 et de débuter l’Espagnol en LV2, tout en faisant du latin. Je me souviendrais toujours de sa réflexion à la fin de la 1ère semaine de cours : « ici je suis dans mon milieu naturel ! »

Je continuerai sur la fin des années collège, le lycée et les 1ères années post-bac demain.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à me les poser ! J’y répondrai dans un post séparé.

 

 

Muriel

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3 commentaires sur “Grande fille 1ère partie

  1. Je trouve ça tellement dommage d’avoir à se battre pour notre enfant …. Les enfants sont méchants entre eux, et les adultes n’aident pas vraiment à la socialisation ….. quel dommage…..

  2. je trouve ce post passionnant et très éclairant! Je me retrouve dans beaucoup de choses décrites! Je me pose bcp de questions sur la suite du parcours scolaire de mes enfants et notamment du collège à privilégier. (les ainés ont 7 ans) je me dis qu’un bon élève est effectivement bon partout, et que ce sont les parents qui par le terreau qu’ils apportent à la maison font la différence, mais parfois je doute…
    Je vous lis depuis des années et je n’avais pas mis « l’étiquette » précoce sur la tête de votre fille, c’est tout à votre honneur d’avoir su la préserver de cette spirale

  3. Merci de partager tout cela avec nous. Je reconnais notre philosophie sur beaucoup de points et je trouve cela vraiment enrichissant d’avoir ton retour des années plus tard. Je poursuis ma lecture…

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