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Boy

Merci pour vos réactions « publiques » et privées au portrait de Grande fille. Je précise que cette série d’articles est écrite avec l’accord de chacun de mes enfants, qui sont mes 1ers et plus fidèles lecteurs depuis la création de ce blog. De plus comme je vieillis et que j’aime ces échanges entre nous, ils relisent et corrigent mes fautes.

Les parents d’enfants précoces doivent apprendre à faire le deuil de l’enfant parfait et surtout de l’enfant précoce parfaitement adapté au système scolaire. Le fameux petit génie à lunettes…

Boy est né en janvier 1997, un peu moins de 3 ans après Grande fille. Il aura donc 20 ans dans quelques mois. Ce qui nous a frappé à la naissance, c’est ce beau bébé de plus de 3kg tout rose, paisible alors qu’il arrivait avec 4 semaines d’avance. J’étais élève-infirmière (début de 3è année). Ma grossesse avait été difficile sur le plan physique à cause des stages (essentiellement de la réanimation chirurgicale et cardiaque), d’où notre « surprise »…

Gentil bébé gourmand, facile à vivre. Il a d’abord été gardé par une nourrice puis a intégré la même crèche que sa soeur au cours de son 8è mois. La fin de sa 1ère année a été mouvementée : sa grande soeur était rentrée à l’école maternelle, je passais les épreuves théoriques et pratiques du diplôme d’état d’infirmière, nous avons déménagé dans un appartement plus grand, il était malade tous les 15 jours (otite, rhinopharyngite, etc).

Il a marché aux alentours de son 1er anniversaire. Ce qui nous faisait sourire, c’est qu’il savait comme sa soeur avant lui, réchauffer son biberon au micro-ondes le week-end et se mettre une cassette de dessins animés (Babar, Chapi chapo, Pingu et compagnie). Quand je pestais après notre vieil ordinateur, il appuyait sur le bouton pour le relancer ou me disait « mais kik, kik maman ».

Comme sa soeur, il était aux bébés nageurs tous les samedis matins mais sans le même entrain. De petit bébé rond, il est devenu un petit garçon mince, grossissant juste ce qu’il fallait mais toujours avec un solide appétit. L’entrée à l’école maternelle s’est faite sans souci. Il regardait les autres d’un air surpris quand ils pleuraient ou quand il se faisait bousculer. Clairement, il ne comprenait pas le besoin de pousser, crier, frapper. Il ne comprenait pas non plus pourquoi certains enfants ne respectaient pas les règles. Il a terminé son apprentissage de la lecture en fin de petite section. Son truc c’était l’astronomie, mais surtout poser des questions dont il connaissait déjà la réponse. Adulte, on s’agace parce qu’on pense que l’enfant veut nous tester mais en fait, c’était juste pour s’assurer qu’il ne faisait pas fausse route car dans son esprit les parents savaient tout. Souvent, c’était sans fin : la fameuse pensée en arborescence ! Une pensée en amène une autre puis encore une autre et encore une autre… Au bout d’un moment, on devait mettre le holà.

Grande fille était en CE1, nous étions inquiets, soucieux de la protéger de certains adultes malveillants. Ce qui nous a alerté, c’est le comportement de Boy, qui s’est en quelque sorte « mis en veilleuse ». Le petit garçon vif et intelligent est devenu silencieux, maladroit, avec toujours un temps de retard. Nous en étions arrivés à un point que nous avons fait un bilan d’audition, après avoir été chez l’ophtalmo. L’ORL à la fin du bilan (tout à fait normal), m’a suggéré un bilan de précocité… La psychologue que nous avions vu pour les tests et le suivi de sa soeur, nous avait conseillé de le tester en moyenne section en nous parlant justement du problème des enfants précoces dans une fratrie.

Il a eu la chance d’avoir en moyenne section la même instit que Grande fille avait eu en grande section. C’est sans grand enthousiasme que nous l’avons amené chez la psychologue, persuadés de jeter de l’argent par la fenêtre. On s’est clairement trouvé un peu con en sortant avec le dossier et les résultats en main, limite sous le choc… Rendez-vous pris avec l’inscrit qui a proposé d’elle-même de lui faire faire le programme de grande section tous les après-midi afin qu’il passe en CP à la rentrée. La psy nous avait parlé aussi d’un saut de CE2 à envisager ! Et fait les mêmes recommandations en matière d’activités extra-scolaires, ce que nous avions anticipé puisqu’il faisait du judo et avait débuté, à sa demande, le piano avec une de nos voisines prof à domicile. Il était un peu en décalage avec ses camarades qui jouaient tout le temps à la bagarre ou au foot. Il était cité en exemple tous les samedis au cours de judo. Il avançait très rapidement au piano au point d’en réclamer un à la maison afin de pouvoir vraiment travailler.

En CP, même directeur mais jeune instit, qui ne voyait pas l’intérêt de « nourrir » Boy en lui donnant des fiches de lecture silencieuse ou un fichier de maths niveau CE1. De toute façon, nous étions les parents ch….. depuis le saut de CP de Grande fille. Plus ou moins à raison car nous étions parents élus tous les 2 au conseil d’école (maternelle et primaire), donc ils nous voyaient trop à leur goût (alors que nous avons toujours pris soin de ne jamais parler de notre petit cas personnel en dehors des rendez-vous individuels).

L’année de CE1 mériterait une série de posts à elle seule mais pas à cause de la précocité de Boy. Comme j’étais le parent élu de cette classe, enceinte de ma 4è et en 1ère ligne face à une instit incompétente et méchante avec les enfants, çà c’est terminé par un rendez-vous à l’Inspection académique, une enseignante priée de se mettre en arrêt maladie, la présence de l’IEN au conseil d’école et pour finir un super instit remplaçant dont tous les enfants se souviennent 13 ans plus tard ! Inutile de vous dire que pour le saut de CE2, nous avons mis un couvercle sur la marmite.

Nous avons vécu comme un avantage le fait d’avoir plusieurs enfants. On relativise beaucoup de choses, on va à l’essentiel, on se prend certainement moins la tête que les parents d’enfants uniques. Nous nous sommes aussi fixés des limites : ce que nous faisions pour un enfant devrait pouvoir être fait pour les autres. En clair pas question de « sacrifice » entre eux. Je travaillais de nuit afin d’être disponible dans la journée pour eux. A cette époque j’ai sérieusement envisagé de le déscolariser, de lui construire un planning sur mesure. Mais il nous a toujours paru important de favoriser le lien social et la tolérance. Il souffrait que les autres ne pensent pas comme lui mais n’était pas harcelé, ni moqué. Notre objectif était de favoriser son développement, son épanouissement, pas de le voir au Journal de 13h dans la catégorie « plus jeune bachelier de France ».

En plus de la location de violoncelle pour Grande fille, nous avons acheté un piano car il n’était pas question d’imposer l’instrument comme cela se fait dans beaucoup de familles. Boy faisait du piano à la maison puis a débuté la flûte traversière au conservatoire. Il continuait le judo, avait ajouté l’escrime, sans oublier les cours d’Anglais à domicile avec une adorable américaine de l’Arkansas qui prenait des course cuisine à Paris. Il y avait aussi les ateliers scientifiques du dimanche avec l’ANPEIP, les ateliers de cuisine et les visites-ateliers dans les musées. Cela leur permettait de côtoyer d’autres enfants précoces, tout en prenant conscience qu’ils avaient aussi des comportements et des parcours scolaires très variés. Nous échangions beaucoup sur une liste de discussions (parfois plus de 300 mails par jour !!!). Cette liste existe toujours et c’est un plaisir de suivre le parcours de nos jeunes adultes. J’ai suivi des formations Montessori, assisté à des colloques, des conférences et me suis un peu formée à la gestion mentale afin de mieux les accompagner.

Grande fille passant en 6è dans un collège privé, pour des raisons pratiques, nous avons inscrit Boy dans le même établissement en CE2. Le niveau et l’exigence scolaire étant plus élevés que dans l’école de quartier, nous étions confiants. Autre avantage, il y avait des ateliers d’échecs sur le temps de cantine. Boy acceptait donc de jouer au foot avec ses camarades dans l’espoir que certains d’entre eux accepteraient d’aller avec lui aux échecs. Il a vite compris son erreur. Je crois d’ailleurs que c’est une de ses principales qualités : la tolérance, accepter les autres pour ce qu’ils sont, même s’il ne comprend pas toujours leurs motivations, la méchanceté ni l’égoïsme. Il en a donc pris son parti, est allé au club d’échecs seul, a joué avec des grands du collège, ses soeurs et son père. Il y a aussi chez lui un sentiment de révolte face à l’injustice. Il n’hésite pas à défendre l’autre, même si parfois la situation se retourne contre lui. C’est un garçon très attaché à sa famille.

Ce qui nous a surpris à cette époque, c’est sa maturité dans la gestion de ses priorités. Il a par exemple économisé pour s’acheter une Game boy d’occasion. Du coup pour pouvoir jouer un peu le soir, il faisait ses devoirs pendant son trajet en bus (en gros 15-20mn). J’avais juste à vérifier quand on se retrouvait à la maison ou au conservatoire. Son instit avait suffisamment d’expérience et de savoir-faire pour le stimuler tout en l’encourageant à faire mieux. Il n’avait que des copains plus âgés que lui (des collégiens ou des adultes), ce qui faisait enrager sa soeur aînée. Il ne lisait que des revues et des livres scientifiques. Sa prof de flûte traversière était aussi maternante que la prof de violoncelle de sa soeur. Son père et moi nous sommes relayés pour assister au cours hebdomadaire afin de l’aider à travailler à la maison les 1ères années. En CM1, il a passé le concours pour entrer en classe de piano au conservatoire, ce qu’il a regretté. L’enseignement est tel qu’il a failli en perdre le goût au bout de 3 ans.

Muriel

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