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Dans les 2 sens..

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Un des inconvénients du libéral est que l’on fait surtout du maintien à domicile. De fait, l’essentiel de nos tournées consiste à rendre visite à des personnes âgées. Heureusement, elles ne sont pas toutes Alzheimer ou acariâtres mais chez la plupart, le disque est un peu rayé malgré notre bonne humeur, nos sourires, notre entrain et tous nos efforts de conversation.

Parfois le bonheur et l’éclat d’une journée, c’est l’injection d’anticoagulant chez une ado qui s’est cassée la jambe, chez un jeune papa victime d’un accident du travail… Et je me retrouve à bercer ou faire des câlins à un bébé pour le faire patienter. Ce sont des souvenirs, des sourires échangés, une autre façon d’exercer mon métier, un retour aux sources et cela redonne du sens à ma pratique. Ce sont ces bouffées d’air frais qui me donnent du courage !

Savoir au bout de quelques jours que je suis attendue, qu’un grand sourire m’accueille, que des petites yeux curieux vont observer chacun de mes gestes et que j’aurai droit à un gros bisou en partant.

Il y a quelques mois, lors de la prise en charge d’un nouveau patient, j’ai voulu faire un peu connaissance avec sa famille. C’est un monsieur de 80 ans qui vit chez son fils, sa belle-fille et leurs enfants. Un jour que je suis arrivée un peu en avance, le patient n’était pas rentré de sa séance de kiné, j’ai demandé à pouvoir attendre à l’intérieur (il m’est arrivé qu’on me fasse attendre sur le palier). Naïvement j’ai voulu engager la conversation avec un des petits-fils, jeune adulte de 24-25 ans… Le lendemain j’ai eu droit à un accueil glacial des 2 parents, me demandant pour quoi j’avais posé des questions, en claire pourquoi je m’intéressais à eux… Franchement j’ai été estomaquée ! En 20 ans de carrière, c’est bien la 1ère fois que l’on me fait ce jour de reproche. J’ai ensuite compris que c’était de la surprise car les infirmiers qui m’avaient précédé, entraient et sortaient sans échanger un mot en dehors des formules de politesse « obligatoires ».

J’ai été plus dans la retenue et la réserve avec cette famille. J’ai bien senti au fil des semaines et des mois une forme de détente mais j’ai eu de la peine pour eux. Il était évident que la présence du grand-père était une charge qui avait modifié l’équilibre familial au point que chacun ne se sentait plus à l’aise dans cette maison. Il y avait aussi un conflit père-fils à peine dissimulé.

A domicile, les patients nous confondent avec des prestataires de service : on est entre le livreur et la femme de ménage sur une échelle de valeurs… Seulement dans le cadre d’une prise en charge de diabète, de maladie d’Alzheimer ou tout simplement d’un maintien à domicile d’une personne âgée et/ou handicapée, en étant là plusieurs fois par jour, nous avons une vision globale du patient et de sa famille, nous repérons les personnes ressources, les personnes nuisibles. Nous pouvons déterminer certaines aides, certains aménagements. Nous sommes là aussi pour les familles, les aidants, ceux qui s’épuisent tous les jours, au mépris de leur propre santé souvent.

Il m’est arrivé plus d’une fois d’alerter le médecin traitant, la famille ou les secours parce que l’épouse d’un patient (il y a quelques époux aussi) se néglige, ne va pas bien, a besoin de souffler… Alors oui, on a besoin de savoir sur qui on peut compter nous aussi ! Parfois on observe, d’autres fois on pose des questions, souvent on ne dit rien. Mais ce n’est pas pour autant qu’on n’a pas senti l’atmosphère lourde, qu’on n’a pas remarqué que la personne âgée n’a pas été changée depuis plusieurs jours, que le frigo est vide ou déborde d’aliments auxquels elle n’a pas droit de toucher (ce qui est embêtant quand elle est dénutrie et que c’est sa petite retraite qui sert à améliorer l’ordinaire de la famille). Nous remarquons aussi les petits et gros hématomes, les yeux qui s’éclairent quand on arrive, les vêtements pleins d’urines ou les selles qui ont séché depuis des heures car personne ne veut y toucher. Nous notons aussi les vêtements usés jusqu’à la corde, les 6 épaisseurs de tee-shirts pour ne pas dépenser un centime pour le vieux ou la vieille, l’absence de tapis de baignoire, les chaussures inadaptées et les familles qui n’ont jamais le temps.

Nous devons faire avec tout çà pour établir un plan de soins, en sachant ce que l’on peut demander et ce que l’on ne peut pas. Car les familles n’ont pas ce genre de barrière pour beaucoup : y’en a qui osent tout ! Entre les résultats de labo à récupérer, les nouvelles ordonnances directement chez le médecin, les médicaments à la pharmacie, le pain à la boulangerie, le linge à la laverie, être là pour la livraison de repas à domicile, être là quand le kiné passera, faire des heures sup’ quand la famille part en vacances en laissant la personne malade seule, monter le courrier, etc. Donc oui, je suis une infirmière « curieuse » mais c’est uniquement pour le bien de mes patients. D’autres diraient tout simplement que je m’intéresse aux gens…

 

Muriel

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Rester, partir

Il a un cancer du poumon et des problèmes circulatoires. Il est dénutri et il a les jambes gonflées. Il habite un immeuble sans ascenseur : monter et descendre quelques étages est devenu un calvaire. Il a des métastases et elle fait une fixation sur ses jambes… Elle ne comprend pas pourquoi avec les progrès de la médecine, on n’arrive pas à tout guérir avec une seule pilule ! Je me demande si elle est conne ou si elle le fait exprès mais je n’ai pas le droit de le dire, ni même de le penser. Alors j’écoute, je souris tristement, je compatis et je le regarde lui. Je crois qu’il a compris qu’il est devenu un poids pour elle, que sa maladie a contrarié leurs plans de retraite, ses rêves d’une autre vie. Alors il se laisse mourir doucement, sans rien dire, pour ne pas la contrarier plus qu’elle ne l’est déjà…

Souvent les hommes s’en vont quand leur compagne a un cancer, alors que les femmes restent. Dans certains cas, elles feraient mieux de partir.

Muriel

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Alors et ta semaine ?

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La semaine dernière quand j’ai allumé mon ordi pro dimanche soir et vu mon planning de lundi, j’ai su que ma semaine serait difficile. La météo s’annonçait mauvaise en plus ! Il est 23h, ma semaine de travail est terminée. Je peux donc officiellement déclarer que ce fut une « belle semaine de m…. » Pourtant il y a eu indéniablement et essentiellement du positif, même dans la gestion de situations de crise : je me suis surprise moi-même face à des personnes particulièrement agressives. J’apprends aussi enfin à faire avec des personnes qui veulent toujours avoir le dernier mot. Vous savez les gens qui vous rentrent dedans alors que vous ne les connaissez pas, qui passent leur temps à ruminer et ont toujours des comptes à régler. Lâcher l’affaire quand çà n’a pas d’importance (= je n’ai rien à perdre) ou faire du « fact checking » et leur clouer le bec, voire obtenir des excuses que vous n’attendez même pas !

Je me suis littéralement écroulée de fatigue tous les soirs mais je me suis réveillée en forme tous les matins. Mon sommeil est profond et réparateur, signe que j’ai fait le bon choix en privilégiant le silence et en bannissant les horloges mécaniques de la maison. Mon horloge interne fonctionne bien car même en oubliant de mettre l’alarme de mon téléphone pour 6h samedi matin, je me suis réveillée naturellement à l’heure à ma grande surprise.

C’est un peu étrange cette sensation de lâcher prise, de constater le négatif tout en laissant aller sans ruminer…

J’ai eu des réponses à certaines questions, fait la connaissance de ma nouvelle petite nièce née le 14 février, retrouvé mes 4 enfants à la maison vendredi soir, moins mangé, perdu un peu de poids, soigné de nouveaux patients, retrouvé des anciens pour de nouveaux soins.

Ce soir, je clos cette semaine et demain j’en écrirai une autre beaucoup plus belle…

Muriel

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L’habit tout çà…

Ils habitent tous les 3 dans un 3 pièces HLM pour personne à mobilité réduite. Elle sort très peu car ne marche plus. Elle passe donc ses journées dans son lit médicalisé devant la télé avec pour seules distractions le passage de l’infirmière tous les jours et le kiné 2 fois par semaine.

C’est son fils et sa compagne qui s’occupent d’elle, y compris pour les soins d’hygiène… Elle sous tutelle, lui la cinquantaine au RSA. Les voisins ne leur parlent pas ou à peine, les regardent avec mépris. Ils font un peu tâche dans cette petite résidence. Pas à la mode, poitrine et ventres énormes, léger bégaiement. Ils auraient pu être Bidochons ou Deschiens… Des pauvres gens comme on les imaginent dans le nord, lui clairement tendance FN.

Et pourtant, ils ne voient pas ma couleur parce que je suis une camarade d’enfance, qu’on a vécu dans l’un des quartiers pauvres de la ville, parce que je sais d’où ils viennent et à quel point la vie n’a pas été tendre avec eux. Ils me respectent parce que je suis l’infirmière, celle qui sourit toujours, serre la main à tout le monde, les regarde dans les yeux, leur parle et les écoute…

Oui car j’ai découvert un trésor : lui adore peindre et dessiner. Il aurait aimé faire les beaux arts mais « ce n’était pas pour lui ». C’est un autodidacte qui connait les biographies de Picasso, Van Gogh, Matisse et bien d’autres sur le bout des doigts ! C’est aussi un grand fan de cinéma et de rock avec plus de 5000 dvd et cd.

Toujours très poliment, il me demande s’il peut me montrer une de ses nouvelles toiles ou si j’ai regardé  sur internet un truc dont nous avons parlé. Il fait en sorte d’avoir toujours à l’avance tout ce dont je pourrai avoir besoin pour sa mère. Il est prévenant et attentionné même si ce n’est pas facile tous les jours…

Et çà me fend le coeur à chaque fois que je vais chez eux ou que j’en sors de croiser le regard méprisant, voire haineux des voisins. Ils vivent en face ou dessus de personnes dont ils n’ont pas idée de la qualité depuis des années !

 

Muriel

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Apprendre et dire merci

Pour les « habitués » de ce blog, vous savez que certains passages ne se font pas sans mal. Depuis 18 mois professionnellement c’est chaotique, tendu, la tête dans le guidon mais toujours avec ma volonté farouche de considérer que le principal de ma vie se joue hors du travail. Oui, je continue de refuser avec obstination de me laisser envahir par le négatif, le stress, la maladie. Au cours de cette période un peu plus sombre, j’ai fait de belles rencontres, vu de magnifiques endroits mais surtout j’ai approfondi des liens.

Le yoga m’a appris à respirer et du coup à mettre à distance, à regarder plus souvent les choses de l’extérieur et à aller à l’essentiel. Mon essentiel, ce sont les gens et les choses qui me font du bien ! Et dans ma tournée de patients, il y en a quelques uns qui me font particulièrement du bien… Ces quelques rendez vous que j’aurais tendance à rallonger tant ils sont une bouffée d’air frais ! Ces gens qui me regardent, savent si je suis en forme ou fatiguée, si j’ai envie d’un verre d’eau ou d’un café, si mes cheveux ont besoin d’être coupés… Ces patients qui ont les yeux qui brillent quand ils me voient, dont la joue est si douce malgré les années. Ces personnes qui m’aident sans le savoir un peu tous les jours.

Au cours de ces presque 2 ans, j’ai appris la gratitude, la vraie. Celle qui vous fait remercier pour le ciel bleu ou juste pour les 5 mn de soleil après la pluie. Alors plusieurs fois par jour je respire profondément et en me couchant je dis merci…

Si bien que j’ai fait une rencontre : celle que j’attendais ! Mon rythme de travail s’allége, l’ambiance de la tournée s’égaye. Comme un rayon de soleil, comme l’impression de faire le chemin que j’aurai dû faire il y a 6 ans. Mais j’ai la chance d’avoir tissé des liens qui vont pouvoir se vivre en toute amitié en dehors du travail. Autour d’un thé, d’un café, d’un plat de samoussas juste parce que j’ai du temps et que çà n’a pas de prix ! Je prends enfin le temps et je remercie ces personnes qui me donnent un peu du leur.

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Muriel

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