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En Syrie, la guerre a avalé toutes les couleurs…

D’habitude je partage tous les mercredis sur Facebook sa précieuse chronique sur France Inter qui parle de choses sérieuses avec humour. Depuis des jours, on a le coeur serré pour tous les Syriens jetés sur les routes que l’on refuse d’accueillir chez nous et qui meurent sous les bombes chez eux. A quand une manif le même dans tous les capitales du monde pour soutenir ce peuple et demander des comptes à nos dirigeants élus qui ne lèvent pas le petit doigts ???

 

Merci Nicole Ferroni

Muriel

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Cessez de me supplier !

Quand un patient m’appelle à 18h en me suppliant de passer à 19h un samedi soir parce qu’il craint une infection de sa plaie en précisant qu’il y a 4 jours que le pansement aurait dû être fait…

Quand je débute ma tournée 1h plus tôt le matin pour rendre service à une famille et que je la termine 1h plus tard le soir toujours pour rendre service à cette même famille…

Quand on m’envoie un sms au moment où j’arrive pour me dire qu’on sera là une heure plus tard et qu’on me supplie de passer après 20h parce qu’on a traîné en famille avec ses amis…

Quand une épouse me supplie de ne pas faire mal à son mari en lui mettant ses bandes de contention parce qu’il a passé une mauvaise nuit… Comme si je le maltraite alors que je souffre tous les jours parce que monsieur ne fait aucun effort serait ce pour plier un peu le genou du haut de ses 120kg !

Quand une ancienne patiente me supplie de passer voir son mari un dimanche à 14h30, sorti de l’hôpital contre avis médical car monsieur ne voulait pas attendre une place en soins de suite alors qu’ils auraient pu appeler SOS médecins ou le Samu. Et que je trouve monsieur tranquillement à table jambes croisées, visiblement plus en forme que moi qui vient de monter ses 4 étages sans ascenseur en courant…

Quand une maman me supplie de passer le soir parce que çà l’arrange pour vérifier la verrue sur le pied de son fils…

Quand le collègue qui a choisi les dates auxquelles il accepte de me remplacer me supplie de faire tout ce que je peux pour travailler un jour de plus alors que je n’ai eu que 2 jours de repos en 22 jours et que c’est lui qui veut changer…

Ras le bol de cette nouvelle habitude qu’ont les gens de vous « supplier » (ils emploient le mot) alors que ce qu’ils veulent c’est juste que vous les arrangiez, que vous passiez à leurs caprices ! En demandant simplement ils peuvent obtenir une réponse négative, alors qu’en suppliant ils pensent vous mettre une pression supplémentaire et que vous n’oserez pas dire non.

Dans ma culture et mon éducation, j’ai appris qu’on « adore » et qu’on prie ou supplie Dieu uniquement. On supplie quand il y a un enjeu vital. Aujourd’hui, on prie, on supplie pour une ristourne dans un magasin, pour une place au restaurant, pour obtenir un avantage par rapport à son voisin. Etrangement, on est sourd à la souffrance réelle (aucun de mes patients cancéreux ne me supplie), à la misère, aux drames…

Je ne supplie pas ! Jamais !!! Je demande. C’est oui ou c’est non. Point. Si c’est oui, tant mieux. Si c’est non tant pis, je cherche une autre solution. Je supplierai si on veut m’ôter la vie, oui.

supplier, verbe transitif
Sens 1 Prier avec soumission, demander instamment. Synonyme solliciter 
Sens 2 Implorer, prier de façon oppressante. Synonyme implorer 

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La prochaine fois, je vous parlerai des patients qui pleurnichent tous les jours, se font prescrire des nouveaux traitements tous les mois qu’ils arrêtent systématiquement au bout de 48 à 72h.

Muriel

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I’m a bad mother…

Cela fait 8 ans que je le dis et finalement, je m’en accommode très bien maintenant !

Hier soir alors que je me préparais à sortir, Miss A me rappelle que la réunion d’information pour l’entrée en 6è, pour laquelle on a eu le mot mardi soir, débute à 18h15…

Hier soir encore au cours du dîner, Boy parle à son père de la réunion d’information pour la procédure d’orientation et APB mardi prochain à 18h…

Vous savez quoi ? Je ne suis pas allée à cette fichue réunion à l’école primaire et Petit mari et moi n’irons pas non plus à celle prévue au lycée ! Ras le bol !!!

Depuis le mois de septembre, j’ai dû modifier, arranger, décaler, annuler je ne sais combien de fois ma tournée du mardi soir à cause des multiples réunions pour lesquelles nous sommes informés au mieux 5 jours à l’avance ! Pourquoi dans certaines écoles, les équipes arrivent-elles à penser et remettre dès le début d’année un planning annuel (comportant les réunions, dates de vacances, voyages scolaires, stage, examens etc) ? Et pourquoi dans les écoles publiques de quartier ce n’est jamais possible ???

Plus de 17 ans que je suis parent d’élève et là je sature, je n’ai plus de patience ni d’indulgence… Comme la plupart des enseignants aiment nous le rappeler ils sont aussi parents, alors s’ils le sont vraiment ils savent qu’il faut un minimum d’organisation pour pouvoir tout faire !

En fait je les soupçonne de le faire exprès afin qu’il y ait peu de parents présents, peu de parents à voir individuellement et donc peu de temps à accorder et ainsi ils se donnent le beau rôle en gémissant sur l’absentéisme et la démission des parents…

Sauf que moi je sais qu’on peut être un parent absent physiquement mais très présent au quotidien. Je le vérifie à chaque fois que j ‘ai l’impression d’être un courant d’air chez moi. Oui quand j’enchaîne les journées de travail de 7h30 à 21h30, puis que je pars à l’étranger et qu’à mon retour je jongle entre les présentations presse et mon travail, il y a des périodes où je me dis que je suis une « bad mother ». Etrangement, c’est dans ces périodes que mes enfants me prouvent qu’ils sont autonomes et que l’éducation que je leur donne fait ses preuves. Je suis plus au courant et plus présente pour eux que mon mari qui est là physiquement tous les soirs et les week-ends.  Pourquoi ? Parce que je sais tout, je vois tout, je sens tout. Je connais leurs petits travers, leurs mensonges, leurs petits arrangements mais ils savent ce qui est important pour moi : leur présence les uns pour les autres, leur sécurité, les devoirs et les repas. Ils gèrent même leurs lessives maintenant mais je dois toujours accepter le ménage peu, mal ou pas fait.

J’envoie la liste des courses et je règle tous les petits problèmes de dernière minute par sms.

J’envoie mon planning de voyage et mes coordonnées à l’étranger par mail.

Je discute le soir via Face time (juste histoire de vérifier sur leurs visages que tout va bien).

J’engueule, je rappelle les règles communes, je fais des mises au point par téléphone.

Petit mari est toujours en copie des messages (sms ou mail) histoire qu’il ne se fasse pas rouler par un des enfants…

Ainsi le cadre est posé.

Et quand je suis là, il y a forcément moins de mails, de sms et on discute à table au dîner (comme hier par exemple) ! Cela permet de revenir sur certains évènements, d’apaiser les rancoeurs frère-soeurs / petits-grands, d’expliquer pourquoi je n’irai pas à telle ou telle réunion afin de ne pas mettre mon enfant en port-à-faux face à des enseignants parfois promptes à la critique.

C’est comme çà que je n’ai pas attendu la réunion pour APB du lycée et que Boy est allé au salon qui avait lieu à La Villette il y a 3 semaines. Il a aussi beaucoup discuté avec sa soeur aînée et fait des recherches sur le site de l’Onisep concernant son orientation après bac.

C’est en discutant dès que je le peux avec mes vieilles copines que je glane les infos pour le passage en 6è de Miss A, que nous avons commencé à remplir le dossier pour une inscription à la LH et que nous ferons parallèlement un dossier pour une classe CHAM.

Mais je suis bien consciente d’être privilégiée et çà m’agace toujours autant de savoir que la plupart des enfants de banlieue n’ont pas cette chance…

 

 

Muriel

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J’aurai du lui dire des gros mots…

Les parents débordés sauront. Ils comprendront.

Ce que l’on ressent quand on est assommé de travail, que vous en avez chaque jour un peu plus et que vous avez la tête pleine… Pleine des choses de la maison, du souci des enfants, des listes de courses, des taches à accomplir, que vous n’avez plus le temps de jeter un oeil à votre téléphone portable pour vérifier si…

La matinée est passée, vous avez juste pris un café à 6h du matin, il est 11h55. Vous vous dites que vous avez bien 2mn 30 pour prendre un 2nd café avec votre copain kiné, même si vous avez déjà un patient qui vous attend au cabinet : votre rdv de midi. Puis vous repartez et là, vous sortez machinalement votre téléphone. Le sms d’un des enfants qui vous alerte, vous alarme, vous devez prendre une décision rapidement, votre coeur bat la chamade.

Entre un fils aux urgences, son père à joindre, votre travail à assurer…

Une journée de 15h, votre enfant va bien, il est à la maison, vous avez honoré vos 33 rdv sans rien laisser paraître. Ah si : vous avez juste failli étrangler le gros c.. de fils alcoolo d’une de vos patientes qui le c.. sur une chaise devant sa bière et la télé toute la journée,  râle dans la pièce d’à côté parce que vous passez à 19h15 et que çà le fait dîner tard à son goût !

Ce c…… ne saura jamais que vous avez accordé plus d’importance ce jour-là à votre travail qu’à votre enfant, qui heureusement avait un papa pour palier l’absence de maman.

 

Muriel

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Je vous souhaite, je nous souhaite…

Parce que nous sommes en période de voeux, que certains ont un réel talent d’écriture et d’indignation, je vous propose le texte d’Ariane Mnouchkine, metteur en scène et fondatrice du Théâtre du Soleil, publié sur le site de Médiapart.

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Les vœux de l’an 2014 d’Ariane Mnouchkine

« Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

À l’aube de cette année 2014, je vous souhaite beaucoup de bonheur.

Une fois dit ça… qu’ai-je dit? Que souhaité-je vraiment ?

Je m’explique :

Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur.

Une fois réussie cette difficile évasion, je nous souhaite un chantier, un chantier colossal, pharaonique, himalayesque, inouï, surhumain parce que justement totalement humain. Le chantier des chantiers.

Ce chantier sur la palissade duquel, dès les élections passées, nos élus s’empressent d’apposer l’écriteau : “Chantier Interdit Au Public“

Je crois que j’ose parler de la démocratie.

Etre consultés de temps à autre ne suffit plus. Plus du tout. Déclarons-nous, tous, responsables de tout.

Entrons sur ce chantier. Pas besoin de violence. De cris, de rage. Pas besoin d’hostilité. Juste besoin de confiance. De regards. D’écoute. De constance.

L’Etat, en l’occurrence, c’est nous.

Ouvrons des laboratoires, ou rejoignons ceux, innombrables déjà, où, à tant de questions et de problèmes, des femmes et des hommes trouvent des réponses, imaginent et proposent des solutions qui ne demandent qu’à être expérimentées et mises en pratique, avec audace et prudence, avec confiance et exigence.

Ajoutons partout, à celles qui existent déjà, des petites zones libres.

Oui, de ces petits exemples courageux qui incitent au courage créatif.

Expérimentons, nous-mêmes, expérimentons, humblement, joyeusement et sans arrogance. Que l’échec soit notre professeur, pas notre censeur. Cent fois sur le métier remettons notre ouvrage. Scrutons nos éprouvettes minuscules ou nos alambics énormes afin de progresser concrètement dans notre recherche d’une meilleure société humaine. Car c’est du minuscule au cosmique que ce travail nous entrainera et entraine déjà ceux qui s’y confrontent. Comme les poètes qui savent qu’il faut, tantôt écrire une ode à la tomate ou à la soupe de congre, tantôt écrire Les Châtiments.  Sauver une herbe médicinale en Amazonie, garantir aux femmes la liberté, l’égalité, la vie souvent.

Et surtout, surtout, disons à nos enfants qu’ils arrivent sur terre quasiment au début d’une histoire et non pas à sa fin désenchantée. Ils en sont encore aux tout premiers chapitres d’une longue et fabuleuse épopée dont  ils seront, non pas les rouages muets, mais au contraire, les inévitables auteurs.

Il faut qu’ils sachent que, ô merveille, ils ont une œuvre, faite de mille œuvres, à accomplir, ensemble, avec leurs enfants et les enfants de leurs enfants.

Disons-le, haut et fort, car, beaucoup d’entre eux ont entendu le contraire, et je crois, moi, que cela les désespère.

Quel plus riche héritage pouvons-nous léguer à nos enfants que la joie de savoir que la genèse n’est pas encore terminée et qu’elle leur appartient.

Qu’attendons-nous ? L’année 2014 ? La voici.

PS : Les deux poètes cités sont évidemment Pablo Neruda et Victor Hugo »

 

Muriel

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