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Mes résolutions de rentrée

A partir de quand devient-on un vieux couple ?

Honnêtement, je n’en sais rien ! Réponse bateau : c’est dans la tête… Mais 25 ans de mariage, ça commence à faire un paquet d’années ! Ce n’est pas toujours facile de garder le cap, de faire des choses à 2 quand on a une famille nombreuse, que les enfants occupent beaucoup de place, voire l’essentiel. Parmi mes craintes, il y a celle de ne vivre que pour et par les enfants, d’oublier que c’est notre histoire, notre couple qui leur a donné naissance et que cette histoire se poursuivra quand ils auront quitté le cocon familial.

Alors depuis toujours, je lutte contre la tendance pantouflarde de Petit mari. De temps en temps, je baisse les bras, je me laisse emporter par le tourbillon de la vie et du travail, je me noie dans la routine.

Il y a quelques années, j’ai décidé d’être contre les résolutions. Certainement parce que je ne les tenais jamais ! Et il y a eu cette chronique de 5mn cet été de Christophe André sur le sujet et je me suis dit : pourquoi pas ? Dans le fond, il a peut être raison, les résolutions c’est utile pour progresser.

 

Alors j’ai convaincu Petit mari au mois d’août de faire du sport ensemble une fois par semaine. Rien d’extraordinaire : nous habitons au bord d’un lac donc faire un tour du lac, de préférence le samedi matin entre 9h et 11h. En gros, cela représente 40-45mn de marche rapide et 4,5km à parcourir… Parfait pour se remettre en forme en douceur, observer la nature, respirer, se vider la tête des soucis de la semaine ! En plus, comme j’ai repris le running pour préparer La Parisienne, c’était pour moi une séance de plus dans mon planning hebdomadaire.

2 mois plus tard, une de mes amies m’a proposé une initiation au tango. Au début de notre mariage, nous avions pris des cours de danse de salon, l’occasion de se remémorer quelques souvenirs. Le cours est à 20h le mercredi soir et dure 1h30. Pas stressant en cas de réunion qui dure plus longtemps que prévu et retour à la maison aux alentours de 22h pour un prix raisonnable. Donc nous voila occupés à penser à notre posture, à suivre le rythme de la musique, à respirer et à rire.

La surprise,  c’est Grande fille qui marche de temps en temps avec nous le samedi et Boy qui lui aussi a envie d’apprendre le tango  (il suit des cours de salsa le jeudi à la fac) !!! Prendre des résolutions pour soi et proposer sans forcer : c’est oui ou c’est non, sans avoir à se justifier. Quand Petit mari n’a pas envie, je ne le force pas, je ne fais pas la tête, je ne le prends pas mal. Il a le droit de ne pas avoir envie, d’être fatigué… Je me prépare et j’y vais seule parce que c’est important pour moi. C’est peut-être dur mais s’il est mon « partenaire privilégié », il ne me fait pas l’aumône de sa présence. Cela doit être une envie, un désir entre nous, pas une obligation. Et je crois que les enfants ont perçu ces notions de plaisir et de partage dans le respect de chacun.

 

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Muriel

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Quelques souvenirs de vacances

Parler des vacances le jour de la rentrée des classes, drôle de sujet pour revenir hanter ce blog quelque peu à l’abandon !

Je ne vous ferai certainement pas une série de city guides sur les villes où nous avons séjourné lors de nos vacances. Si vous me suivez sur les réseaux sociaux, vous savez déjà tout ou presque…

Pour la 1ère fois depuis 4 ans, j’ai eu 3 semaines de congés d’été. Nous voulions partir. Petit mari sans envie particulière de destination, sans avoir vraiment défini de budget et ne sachant pas exactement combien nous serions. J’ai réservé une maison de ville sur Airbnb pour 6 à Marseille, pensant que tous les enfants viendraient avec nous. Boy et Grande fille ont commencé par se désister pour cause de jobs d’été. Minette et Miss A ne partant en colo qu’au mois d’août, nous serions au minimum 4. Finalement 48h avant le départ, Boy s’est joint à nous pour un périple de 17 jours sur les routes de France…

Autre innovation, nous sommes partis un peu à l’aventure, j’ai bien dit « un peu » ! J’avais établi un itinéraire global mais sans réservation autre que la 1ère nuit à Lyon et notre semaine à Marseille. Le reste s’est fait à la dernière minute en fonction de nos envies.

Notre itinéraire : Paris – Lyon (1 nuit) – Marseille (6 nuits) – Arles (1 nuit) – Toulouse (3 nuits) – Ile d’Oléron (3 nuits) – Angers (2 nuits) = 17 jours / 16 nuits et 2550km parcourus

Ma principale occupation : me remplir de leur présence et les mitrailler un peu aussi…

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Muriel

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Boy a 20 ans

Dans la série « après les fêtes c’est encore la fête », hier nous avons célébré en famille les 20 ans de Boy. 20 ans déjà !!!

Il a ce petit truc bien à lui qui le rend spécial aux yeux de tous ceux qui l’entourent et une place bien spécifique au milieu de ses soeurs. Il est cette petite étoile, ce petit grain qui anime les moments qu’ils passent ensemble.

Il est ce petit fils qui prend rendez-vous pour déjeuner avec sa grand-mère maternelle. Il est ce neveu qui passe rendre visite et rend service à ses oncles, comme un ami. Il est ce frère qui offre à ses soeurs une journée à Disneyland en guise de cadeau de Noël. Il est ce fils qui s’assoit à côté de son père pour regarder les matchs de foot et celui qui se moque gentiment du yoga, des chakras et des séances de méditations de sa mère, tout en lui offrant tout ce qu’il faut pour ses séances. Il est le copain toujours disponible pour ses amis de jour comme de nuit, prêt à organiser un séjour à Londres ou au ski.

Il est ce jeune homme qui ne réalise pas encore qu’il a grandi.

Il y a quelques semaines, nous nous sommes retrouvés un dimanche matin en famille élargie pour une séance photo avec ma mère.  La séance terminée, nos enfants se sont amusés et j’ai capturé ce moment…

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Muriel

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Minette 2è partie

Comme les aînés, Minette a commencé les séjours en colonie de vacances dès l’âge de 5 ans-5 ans 1/2, juste 5 jours du lundi au vendredi la 1ère fois, de préférence dans un centre en région parisienne (avec son frère dans son cas). Etant très autonome, elle nous a dit qu’elle aimerait intégrer la MELH dès la 6è. Son père et moi étions limite choqués, surtout pas prêts à nous séparer d’elle, la jugeant « trop petite » pour l’internat. Elle l’a dit et répété mais nous ne nous sommes pas laissés convaincre.

Elle a intégré le même collège que son frère, en 6è CHAM. Nous avons rapidement senti qu’elle se laissait vivre ou plus exactement couler doucement afin de se noyer dans la masse. Aucun challenge ne lui était proposé. La bonne surprise est venue du club de lecture qu’elle a intégré à l’heure du déjeuner. Elle a commencé par dévorer des BD, puis des mangas et enfin des livres. Elle adore les romans policiers, inutile de lui parler Jane Austen et compagnie ! Les cours d’art dramatique lui plaisaient beaucoup plus que la chorale aussi.

Il nous a paru évident qu’un établissement scolaire plus exigeant était nécessaire afin de la forcer à mettre en route son petit moteur intérieur. Nous avons donc préparé son entrée à la MELH en 4è. Après un entretien que nous avons jugé catastrophique, elle était sur liste d’attente. Bon il n’y avait que 3 places disponibles pour une dizaine de candidatures. Fin juillet nous avons reçu un coup de fil surprise nous annonçant un désistement et son admission. Il a fallu trouver en catastrophe un professeur d’Espagnol car la LV2 débutait en 5è dans son nouvel établissement. En 10 jours à raison de 2h par jour, elle a fait tout le programme.

Nous étions contents de savoir qu’elle serait en difficulté, obligée de se remettre en cause et de devoir trouver des ressources en elle-même (oui parfois les parents sont sadiques !). Mais nous avions confiance en elle, comme en chacun de nos enfants. Nous l’avons encouragée encore et encore, comme Grande fille avant elle. Elle a pleuré un peu, supporté sans broncher les moqueries de certaines camarades (au point qu’une prof est intervenue et nous en a parlé) mais elle avait un noyau dur de copines et relativisait beaucoup. Elle s’est mise au boulot  et chose rare selon ses profs, a progressé tout au long de l’année. Elle a compris les méthodes et les exigences des profs, a découvert l’intérêt de certaines matières comme l’histoire-géo, la grammaire… En fin de 4è, nous avions une bonne élève épanouie et qui avait envie ! Notamment envie d’étudier le Grec ancien… Ce que nous avons accepté avec un hoquet de surpris. Je me disais secrètement qu’elle allait détester et que çà lui baisserait sa moyenne générale pour le Brevet : oui, les parents sont indignes… En plus de la musique et du chant, elle faisait du théâtre le mercredi après-midi.

En 3è, elle a continué son petit bonhomme de chemin pour figurer parmi les meilleures élèves de sa classe et s’est prise d’affection pour le Grec !!! Elle a obtenu son Brevet avec une mention Bien, entre le violon, la musique de chambre et le théâtre. Elle a réussi à se faire remarquer par les profs de musique du lycée qui l’attendaient avec impatience, déjà connue comme la « petite soeur de » qui joue les morceaux par coeur. Elle a surpris ses profs en disant qu’elle voulait faire de la cuisine tout en s’orientant vers une 2nde générale. Vous vous souvenez la petite fille de 3 ans ?…

Au lycée, nous avons découvert une gamine mature, parfaitement à l’aise avec ses camarades. Elle a un côté féministe très prononcé aussi. Elle a voulu poursuivre l’apprentissage du Grec (chaque année de plus est une surprise) et l’option musique. Les profs ont encore ouvert de grands yeux quand elle a parlé orientation en 1ère S et cuisine… J’ai fini par lui suggérer de dire qu’elle voulait travailler dans le secteur tourisme-hôtellerie ! Son orientation a donné lieu à de grandes discussions familiales, voire des disputes entre elle et les aînés. Elle hésitait à aller en ES mais son frère et sa soeur ne voulaient rien entendre. J’avoue que j’étais surprise et heureuse de les voir si concernés, cherchant à la convaincre… Au point que je dû parfois intervenir pour calmer le jeu. Ce qui était très drôle cette année-là, c’est son rapport aux mathématiques et sa transformation en élève. Elle calculait ses moyennes, anticipait certaines notes, établissait des stratégies pour figurer en tête de classe. Elle a aussi énormément grandi au point de devenir une belle plante de 1m78 chaussant du 42. Son point faible : le sport. Au point que c’est devenu un objet de rigolade entre nous. Donc en vacances en famille, le challenge est de la faire marcher, courir, sauter, bref se bouger dans tous les sens afin qu’elle se sente à l’aise dans son corps.

L’année de 1ère a été un peu mouvementée à cause d’une camarade qui a quitté le lycée en cours d’année alors qu’elle était sa partenaire de TPE. Elle a su gérer sans que nous ayons à intervenir. Elle est la créative de la famille, la seule à savoir se servir d’une tablette graphique à la maison, à tricoter et coudre. C’est elle qui me dépanne en informatique, utilise les logiciels de retouche photos et de vidéo. Elle connaît tous les raccourcis clavier que je ne retiens jamais ! Elle se régale quand elle doit créer un support pour un devoir maison (des vidéos en SVT, un jeu de société pour son TPE en 1ère, etc). Elle se met parfois un peu trop de pression, pourtant elle passe pour la camarade cool en classe. Et pour une élève trop discrète qui ne montre pas assez  sa culture générale…  Elle a une jolie collection de médailles (oui il y a des médailles d’éducation et de travail à la MELH) et de prix. Son rêve : décrocher le prix de camaraderie !!!

Aujourd’hui, elle est en Terminale S. Si elle est parfois butée ou se vexe pour un rien, c’est étonnant de voir qu’elle joue  le rôle de confidente auprès des grands qui la traitent sur un pied d’égalité. Grande fille a hâte qu’elle soit majeur pour faire des happy hours avec elle. Boy va au ciné ou au restaurant avec elle !!! Elle partage énormément de choses avec chaque membre de la famille. Je suis tellement contente et fière de les voir planifier des sorties ensemble ou se reprocher d’avoir fait tel ou tel truc sans elle. Elle écoute tout, retient tout et ne dit rien. C’est une ado intuitive mais qui raisonne beaucoup et bien. Elle partage le même humour que son père (mais en plus douée;-)). Lors d’une discussion familiale autour du don d’organes et de la fin de vie, je l’ai désignée comme ma personne de confiance, ce que son père et mes autres enfants ont approuvé sans hésitation, c’est dire. Je sais qu’avec elle mes volontés seront respectées. Pourtant au niveau caractère, elle forme une espèce de binôme avec Grande fille. elle gère différemment sa sensibilité par contre (elle boude et claque les portes de temps en temps).

Elle a fait ses tests d’orientation toute seule, commence à préparer ses voeux pour APB, essaie de s’en sortir avec la philo. Elle veut continuer le Grec ancien après le bac mais sans faire des études littéraires (du coup c’est le prof de Grec qui doit lui trouver une adresse pour l’an prochain), reprendre le violon au conservatoire et la danse classique. Et le choc : elle s’est inscrite au badminton le mercredi après-midi depuis la rentrée !!!

Minette est une jeune fille qui ne sait pas toujours ce qu’elle veut mais sait parfaitement ce qu’elle ne veut pas. Et quand elle se fixe un objectif, elle se donne les moyens de réussir. Quand je pense qu’elle n’aime pas l’école…

 

Muriel

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Boy suite

Pour le passage en 6è comme Boy faisait piano et flûte traversière au conservatoire, nous avons opté pour un parcours CHAM avec Allemand en LV1. Le collège était classé ZEP à l’autre bout de la ville. Nous n’avions pas de craintes puisque mon mari pouvait accompagner en voiture ou en transport le matin et qu’il avait l’habitude de rentrer en bus depuis plusieurs années déjà. Il a ainsi retrouvé des camarades d’orchestre, de solfège, etc. Pour rappel, l’entrée en classe à horaire aménagé musique se fait sur concours avec des épreuves de solfège, de chant et d’instrument et examen du dossier scolaire. Les enfants ont 2 après-midi d’enseignement au conservatoire (solfège, chorale, orchestre). Les cours d’instrument(s) se font en extra-scolaire. Les enfants ont donc un emploi du temps chargé puisqu’ils ont le même programme scolaire avec le parcours musical en plus (ils avaient juste 1h de sport en moins, ce qui ne me paraît pas très judicieux). L’équipe enseignante n’est pas très ouverte, mais à sa décharge elle a peu de moyens et beaucoup trop d’enfants différents à gérer : une classe accueillant des enfants sourds, des enfants de migrants hébergés au Foyer France Terre d’Asile, un environnement peu agréable (entre des cités, l’autoroute et une zone industrielle), des enfants issus de milieux sociaux très différents à cause des classes CHAM (essentiellement des enfants d’enseignants et de cadres). Les CHAM sont tolérées et maintenues dans cet établissement car comme il y a 100% de réussite au Brevet, cela augmente la moyenne du collège…

Si Boy était un très bon, voire excellent élève, vu qu’il était en CHAM, c’était déjà bien suffisant donc pas question en plus de donner un tableau d’honneur ou des félicitations à l’issu du conseil de classe ! C’était assez étrange pour nous parents d’aller à la remise des bulletins chaque trimestre, de rester 3mn à écouter des louanges sur notre fils (son sérieux, ses connaissances, sa maturité, sa culture générale…) et de voir que tout cela n’était pas forcément récompensé. S’il a été déçu souvent, il ne s’est jamais découragé. Il s’est fait des copains que pour certains je voyais d’un mauvais oeil. Mais je dois bien reconnaître que 9 ans plus tard, ce sont toujours ses meilleurs amis.

En 5è, il a commencé à vouloir changer de style vestimentaire (je l’habillais un peu trop bcbg à son goût) et surtout à se laisser pousser les cheveux. Un petit côté bad boy avec ton pseudo afro. Il évitait de répondre quand on lui demandait pourquoi il fuyait la tondeuse de son père. Cela donne des photos de famille assez mémorables qui nous font rire aujourd’hui. Sa grande soeur était en internat, il devenait en quelque sorte l’aîné du lundi au samedi midi en dehors des vacances scolaires. Avec le recul sans vraiment le vouloir, cela a aidé à préserver leur individualité au sein de la fratrie. Peu de comparaison, des loisirs différents, des scolarités différentes. Il avait ajouté la pratique du handball le mercredi après-midi avec l’association du collège.

La prof de piano n’était pas chaleureuse et souvent absente. Boy ne prenait aucun plaisir puisqu’il n’avait pas son mot à dire sur le choix des morceaux à étudier. Attitude radicalement différente de la prof de flûte traversière qui proposait d’abord. Seuls les morceaux d’examen étaient imposés. Du coup, il s’est lassé et a préféré arrêté au bout de 4 ans (en fin de 3è). Il a continué les cours avec son ancienne prof à la maison et poursuivi la flûte traversière au conservatoire.

Pas de langue ancienne possible quand on est en CHAM, du coup il a juste fait Anglais en LV2. En 4è, il a ajouté le basket au handball et transformé son afro informe en tresses. S’il faisait ce qu’il fallait pour être parmi les 3 premiers de sa classe, il ne s’investissait clairement pas plus. Quand on est un enfant raisonneur, on n’ajoute pas de difficultés aux adultes : entre une prof d’Anglais dépressive, une principale adjointe tabassée, des jeunes profs dépassés, qu’on commence à se faire contrôler par la Police plusieurs fois par semaine près du collège ou au centre commercial, on fait en sorte que les parents ne soient pas inquiets. Il mettait sa casquette « correctement », évitait de mettre sa capuche (ou seulement quand on avait le dos tourné), avait sa carte d’identité sur lui en permanence. Si je respectais son désir d’appartenance à un groupe de copains, j’évitais la tenue estampillée « cité » et surtout nous discutions beaucoup, tout le temps. Et il s’est rendu compte par lui-même : les copains qui disparaissent, ceux que tu croises en train de dealer…

Je me suis installée en libéral, son père avait de nouvelles responsabilités. Il arrivait souvent qu’aucun de nous ne soit rentré à 21h. Pas facile de se retrouver seul à la maison avec ses 2 petites soeurs quand maman n’a pas eu le temps de préparer le dîner. Lui qui était déjà très mature pour son âge, a été une véritable épaule et m’a admirablement secondée. Me demandant régulièrement comment çà allait, me permettant de raconter mes journées, m’appelant ou m’envoyant un sms quand je n’étais pas rentrée à 20h pour savoir ce qu’il devait cuisiner. Il gérait… Minette à récupérer à la sortie du collège ou du conservatoire, Miss A à 18h après l’étude ou au conservatoire. Jusqu’à maintenant, il ne se plaint jamais et propose toujours volontiers son aide.

En fin de 3è par principe tout en sachant qu’il y avait peu de chances, il a préparé son dossier pour les grands lycées parisiens. Nous avons aussi voulu forcer le système afin qu’il n’aille pas dans son lycée de secteur. Il s’est retrouvé sans affectation mais a eu son Brevet mention bien sans forcer son talent, malgré toutes nos mises en garde. Un entretien avec le proviseur de mon ancien lycée et un bon dossier scolaire aidant, il a intégré le meilleur lycée de notre commune. Il a gardé sa bande de copains mais à cause de cette inscription de dernière minute, il s’est retrouvé dans une classe de soi disant mixité sociale. Ce sont des élèves issus des quartiers très défavorisés de la ville à qui l’on donne une chance de s’en sortir en évitant le lycée de secteur (celui qui a moins de 60% de réussite au bac alors que l’autre est à 85-90% en fonction des années). Mais au lieu de dispatcher ces élèves dans les 9 classes de seconde, on les regroupe tous dans la même classe et on se plaint ensuite de l’agitation, du niveau de la classe, etc. Si vous avez vu le film Les Héritiers, c’est dans notre ville et dans ce lycée qu’il a été tourné. Et la fameuse classe de seconde dont il est question n’est pas la pire puisqu’elle regroupe des enfants qui suivent l’option histoire de l’art (la plupart sont issus de la classe CHAM).

Bref gros manque de chance, une année de seconde difficile où Boy a été confronté aux préjugés, au racisme de certains profs, où en voulant dénoncer des injustices il s’est fait maltraiter voire insulter. Le bon côté est que ce lycée est le seul de France métropolitaine à bénéficier de l’enseignement du Créole en option au bac. Cela lui a fait du bien de suivre ces 3h de cours chaque semaine, il échangeait fièrement avec ma mère qui leur a toujours parlé créole alors que mon mari et moi ne pratiquons pas. Et surtout, il s’est senti « légitime », moins différent de ses copains dont les parents ne parlent que créole à la maison et en famille. Mon mari étant guyanais moi guadeloupéenne, il ne savait pas trop de quelles origines parler (seuls les ignorants pensent que Guyane et Antilles c’est pareil !). Il a en quelque sorte réussi la synthèse dans sa tête. J’ai oublié de préciser qu’il partait en colonie de vacances depuis l’âge de 5 ans 2 fois par an comme sa soeur aînée et qu’il avait aussi un vrai questionnement théologique, spirituel (actuellement il s’estime toutefois en délicatesse avec Dieu en regard de la situation mondiale…). Il a beaucoup aimé le catéchisme au point d’aller jusqu’à la confirmation, faire des pèlerinages et fréquenter l’aumônerie pour le plaisir.

Si mes souvenirs sont bons, ils n’étaient que 8 à passer en 1ère S. Il a arrêté le handball qu’il a remplacé par l’athlétisme, tout en continuant le basket. Niveau orientation, il a alterné entre pilote de formule 1, pilote de ligne, Polytechnique, neurochirurgien etc. Il avait effectué son stage de 3è avec mon copain kiné, ce qui l’a beaucoup marqué car il s’est vraiment intéressé au boulot, aux connaissances. C’est grâce à son questionnement permanent que nous nous sommes rapprochés, qu’il a mieux compris mon travail d’infirmière. Il profitait de nos dîners entre amis pour poser des questions aux kinés encore et toujours en disant qu’il ne voulait pas l’être car toucher les vieux ce n’était pas son truc ! Il a pensé médecine à notre grande surprise. Nous l’avons mis en garde une fois de plus car il ne travaillait pas vraiment. Vous vous souvenez du petit garçon de 8 ans qui faisaient ses devoirs dans le bus ? Pas beaucoup de changement avec le jeune homme de terminale S. Il a abandonné les tresses, changé de style vestimentaire tout en n’oubliant d’avoir toujours sur lui sa carte d’identité et son pass navigo. Il n’a pas beaucoup révisé pour son bac, a loupé la mention Bien de 0,1 et s’est inscrit en Paces où il a rejoint sa soeur.

Sa motivation n’a pas suffit à le faire réussir. Par contre, il a trouvé un job d’été et un accompagnement scolaire à l’année (il a donné des cours de maths et de sciences physiques le dimanche matin). Il a redoublé, bossé de 8h à 22h 6 jours sur 7 mais l’injustice d’un concours veut qu’avec le même classement une année çà passe, l’année suivante çà casse… Il en a pleuré. Mon coeur de mère s’est brisé, sa soeur aussi en a pleuré. Son 1er et gros échec à ses yeux. Il a refusé que je le console. Une façon bien à lui de se prendre en main et de se promettre qu’il n’échouera plus car çà fait trop mal. Il a quand même eu son permis et son diplôme du conservatoire ! Il a rebondi immédiatement en s’inscrivant en 2è année de licence biologie et santé, a été réembauché pour l’été au Macdo des Champs élysées. Depuis la rentrée, il bosse le week-end chez le suédois tout en poursuivant ses études : lui qui avait adoré nos vacances en Suède en 2008 et rêve d’y retourner depuis. Il doit aussi préparer sa 3è année de licence à l’étranger. Je m’aperçois en les racontant, que mes enfants sont un peu hyperactifs en fait ! Il s’amuse toujours des filles surprises par sa culture générale, sa sportivité et ses talents de musicien (et là vous voyez les parents super fiers !).

Comme je le dis souvent et çà le fait enrager, il était un petit garçon bizarre mais il a su m’apprivoiser. Il restera toujours en suspens et ne sera jamais résolue la question du 2è saut de classe et le fait que nous n’ayons pas chercher à le pousser que ce soit au niveau scolaire, musical ou sportif. Une chose est sûre : il regrette énormément qu’il n’y ait pas une « formule garçon » à la MELH (en dehors des lycées militaires) ! Il aurait bien aimé lui aussi goûter la vie en internat. Mais il est parfaitement conscient que c’est bien d’être le fils unique de la maison.

 

Muriel

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