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Parfois, c’est douloureux d’être soi…

Je cours, je cours, je cours… comme le lapin de Alice au pays des merveilles. Je zig, je zag entre toutes mes obligations d’infirmière, de mère et de blogueuse et au final tout le monde râle ! Être soi est à la fois une question de douleur et de survie.

Je reporte sans cesse les dîners entre copines parce que c’est la pire période de l’année, la pire année de ma vie de mère et que je n’ai pas envie de parler de :

– Grande fille qui va redoubler son année de médecine, à qui on ne peut rien dire sans que çà ne se termine en cris et en larmes, de ses démarches pour trouver un job d’été qui ne démarrent jamais, de sa vie de panier percé et qui veut me faire croire qu’un jour elle touchera à nouveau son violoncelle (je ne pensais que çà me manquerait autant de ne plus tendre cet instrument)

– Boy qui se plaint des cours de sciences physiques que sa prof a ajouté le samedi matin jusqu’à mi-juin pour peut être terminer le programme (apparemment elle fait le coup chaque année depuis 20 ans), du prof de philo absent depuis 2 mois et de sa remplaçante enfin arrivée cette semaine mais qui a demandé à déplacer son heure de cours sur une heure d’aide en maths qui ne peut pas être recasée ailleurs, et qui s’inquiète pour certains de ses potes…

– Minette passe juste les épreuves du Brevet, va bien mais qu’est ce qu’elle est flemmarde à la maison ! Comme Grande fille il y a quelques années, elle pense être dispensée de toutes les corvées familiales sous prétexte d’être absente du lundi au vendredi. Donc remplir le lave-vaisselle ou vider la poubelle sont des épreuves de force…

– Miss A est convoquée à la LH pour entretien et visite dans quelques jours et je culpabilise à mort secrètement… Je m’en veux de ne pas m’être assez occupée d’elle ses dernières années, de n’avoir pas fait le siège du bureau de la directrice d’école en exigeant certains enseignants et pas d’autres… J’ai constaté les dégâts d’une année sur l’autre, aujourd’hui je mesure le gouffre. Et je m’en veux de la mettre en internat dès la 6è juste pour essayer de combler ses lacunes et lui donner une vraie chance d’apprendre. Je me dis qu’elle a 10 ans et que depuis 4 ans, c’est elle qui a fait les frais de mes choix professionnels. Et elle prépare sa 1ère communion pour le mois prochain et je n’ai pas de remplaçante pour les 7 semaines à venir… Donc encore une fois, je risque de travailler et d’être absente ce jour-là !

– ma 1ère associée m’a fait un procès qu’elle a gagné et la 2è s’installe maintenant à 500m du cabinet… Et je me dis que ce sont des s……, qu’il n’y a pas de justice et que le libéral est un monde de requins où le but est juste de racketter ou de spolier les collègues qui bossent dur. Pourtant j’étais prévenue !!! Une de mes anciennes remplaçantes ne m’a pas crue, elle l’apprend aussi aujourd’hui à ses dépends.

Alors oui j’ai des amies qui voudraient me voir, discuter mais j’ai juste envie de respirer, doucement, profondément et profiter des quelques échappatoires qui me sont proposées. Mon boulot c’est déjà m’occuper des autres, faire de l’écoute active et je n’ai pas le courage de faire « la copine-infirmière » dispo pour 2-3h de complaintes… J’ai essayé il y a quelques semaines et la copine avec qui je déjeunais m’a reproché (gentiment certes) de ne pas être là, de ne pas parler, de ne pas être aussi bavarde et enthousiaste que je le suis habituellement. Alors je fuis…

J’ai cherché et trouvé des trucs qui m’aident à être là, à vivre l’instant présent, à gérer des choses très douloureuses. Je fais du yoga, un peu de méditation et je me suis lancée dans un travail de supervision avec une psychologue et une collègue. J’ai accepté beaucoup de choses en voulant être équitable, juste en allant contre ma nature, mes intérêts « pour faire plaisir », pour être la maman modèle, l’infirmière modèle, l’épouse modèle, la copine modèle…

Je courbe juste un peu l’échine et je me regarde le nombril ; je me recentre et je fais « plume de canard » (un exercice de sophrologie).

3953388589

 

Muriel

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