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La saison des femmes

la saison des femmes

Synopsis : En Inde, Etat rural du Gujarat, de nos jours. Quatre femmes vivent dans un petit village écrasé par la sécheresse et par le poids des traditions, qui donnent tous les pouvoirs aux hommes. Rani, Lajjo, Bijli et Janaki parlent librement entre elles de tous leurs problèmes, osent s’opposer aux hommes et aux traditions qui les asservissent. Portées par leur amitié et éprises de liberté, elles luttent contre leurs propres démons et rêvent d’un ailleurs et d’amour…

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J’ai découvert ce film en avant-première mardi dernier lors d’une projection en présence de la réalisatrice Leena Yadav. Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas été aussi émue par un film. Un film de femme, par une femme, pour les femmes et les hommes aussi (surtout). C’est un film indépendant, loin de la tendance Bollywood. Il n’est pas sûr qu’il soit autorisé à la projection en Inde à car, pour briser des tabous, la réalisatrice montre ce que le cinéma indien ne montre presque jamais : la violence conjugale, des corps dénudés — choquants dans un pays qui refuse la sexualité à l’écran. Le film devra passer par le bureau de la censure…

Si La Saison des femmes est une fiction, c’est un véritable village qui a inspiré Leena Yadav pour son film. La réalisatrice raconte : « situé au nord-ouest de l’Inde, ce territoire reculé aux paysages impressionnants abrite deux millions d’habitants, répartis en petites communautés. La population est régie par d’anciennes « normes » patriarcales décrétées par le conseil du village, composé en grande partie d’hommes ».  On sera surpris par exemple par le fait que ce soit au marié et à sa famille de verser une dot. Dans le film, le village imaginaire s’appelle Ujhaas et une langue a même été inventée, mélangeant l’hindi à un dialecte local, le kutchi. Une femme, Rani, a inspiré le personnage principal : devenue veuve à quinze ans après un mariage forcé, toujours vêtue de noir depuis, lui avait confiée « on ne m’a pas touchée depuis dix-sept ans. J’ai enfoui tous mes besoins au fond de moi pour faire ce qui convient pour mes enfants ».

La Saison des femmes est un film féministe destiné à tirer la sonnette d’alarme face aux différentes formes d’oppression dont elles sont victimes et à défendre les droits des femmes car trop souvent « traitées comme des objets sexuels dont le rôle se limite à servir les hommes ».

Le film pointe avec pertinence le cercle vicieux de la misogynie que chaque génération a tendance à reproduire. Celui dans lequel s’enferre Rani en voulant marier son propre fils, faisant subir aux deux jeunes gens ce qu’elle a dû endurer jadis avec son propre mari. Difficile de sortir des schémas que la pression sociale martèle sans arrêt.

Le tournage a été interdit dans certains villages et contre toute attente, ce sont les hommes de la jeune génération, ceux qui sont aux commandes aujourd’hui, qui ont eu le plus de mal à accepter une femme émancipée comme chef d’équipe.

Un film universel qui parlera à toutes. Dans ces portraits de femmes on y reconnait une soeur, une amie, une voisine, une grand-mère, une tante. J’ai été émue, en colère, enthousiaste et surtout fière de la solidarité entre ces femmes qui ne se laissent jamais abattre, luttent pied à pied avec les hommes pour commercialiser leur artisanat, obtenir un téléphone portable, puis la télévision… Sans oublier le combat pour l’éducation des filles et la fierté de marcher la tête haute sans avoir à se couvrir les cheveux ou une partie du visage.

Un magnifique film à voir absolument !

 

Muriel

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