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2018 and co

Comme après chaque long silence, revenir un peu sur la pointe des pieds en se demandant s’il faut faire la poussière, refaire ou défaire, fermer définitivement ou pas.

Se dire qu’il y aurait tant et si peu à raconter. Le quotidien d’une mère plus tellement débordée que ça puisque les enfants sont grands ! Parler du nouvel équilibre que cela entraîne. Je n’ai jamais été qu’une mère, mais c’est l’identité ou le rôle que je projette volontiers en premier. Je ne suis plus tout à fait une infirmière puisque je ne fais plus de soins. Je ne suis plus tout à fait une femme puisque j’approche allègrement de la cinquantaine. Qui suis-je alors ?

En ce moment, je suis en pleine déconstruction reconstruction : j’agence les pièces de mon puzzle personnel différemment. Je suis juste une femme active.

2017 aura été l’année d’un nouveau tournant professionnel. Je me suis remise en situation d’apprentissage en ajoutant de nouvelles flèches à mon arc.

En quittant l’hôpital, j’ai enlevé ma blouse. En faisant du libéral, j’ai enlevé un peau de ma peau de professionnelle : j’ai dû abandonner l’idée d’introduire de l’hôpital chez les gens. J’ai dû accepter l’idée que j’étais chez eux et que, quelque part, ce sont leurs règles qui s’appliquent. En travaillant dans le social, j’ai encore changé de peau, j’ai encore dû lâcher un peu de ma posture d’infirmière et apprendre à marcher sur des sables mouvants.

Jai entamé une formation sur l’accompagnement à la parentalité, histoire de me sortir encore de ma posture de « maman de famille nombreuse dont les enfants réussissent », d’infirmière hyper professionnelle et dans les 2 cas d’une personne à fort caractère qui impose son point de vue. Nous avons aussi une formation en interne sur un nouveau concept : le rétablissement.

J’ai booké de belles vacances en Thaïlande au mois de mai avec du yoga, de l’aquagym et de la boxe thaï. Le week-end prochain je serai de retour à Londres pour 4 jours.

Voila, nous avons survécu à l’hiver, Boy est parti en Irlande pour un semestre. Nous apprenons à vivre loin les uns des autres, à des rythmes différents. Avec les masters de Boy et Grande fille qui se profilent pour septembre 2018, je sens encore plus le vent du changement arriver…

 

Muriel

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Etre femme, devenir dame…

Il est très à la mode de demander aux gens quels sont leurs modèles, surtout en matière de féminité et de féminisme.

Je suis née en 1970, forcément ma mère est mon 1er modèle celui avec lequel je me suis construite et contre lequel je me suis construite aussi. Grâce à elle, j’ai su qu’il me faudrait travailler à la fois pour moi et pour mes enfants, que comme elle je serai forte, je saurai faire face à l’adversité, toujours garder la tête haute. Grâce à elle, j’ai toujours eu conscience de ma beauté à moi et de ma valeur. Même si parfois entre ses mains, je me suis sentie un peu poupée, déguisée selon son bon vouloir. Il a fallu aussi faire avec ses représentations et ses interdits (pas de noir on n’est pas en deuil !).

Il y a 2 choses qui m’ont toujours posé problème : les mains et la bouche. J’ai longtemps rongé mes ongles, jusqu’à la trentaine passée. Ma bouche, celle de mon père devrai-je dire, me complexait un peu aussi. Cette bouche un peu marque de fabrique qui renvoyait au mari absent, trompeur, au divorce, au malheur d’une vie…

Dans mes représentations féminines, être une femme, c’est plutôt être une dame. Avoir des mains manucurées avec un joli vernis brillant et porter du rouge à lèvre. Oui car sous mes dessous de femme libérée, j’aurai aimé être une de ses femmes des années 50-60 surtout en matière de mode. Et forcément la femme parfaite mes yeux a l’allure d’une héroïne de Mad Men ou d’un film d’Hitchcock.

Etre blogueuse m’a permis d’apprivoiser mon image avec le temps. Etre à l’aise avec mon corps, faire du sport, continuer à être gourmande, prendre soin de moi, instaurer des rituels. Il y a eu le vernis transparent puis légèrement rosé. Le baume à lèvre protecteur puis le gloss basique. L’année de mes 40 ans, lors de notre fameux séjour à New-York en famille, j’ai voulu vivre un cliché en me faisant faire une mani-pédi dans un salon à côté de notre hôtel. De retour en France, la mode des nails bars a commencé mais c’était en core trop cher. Heureusement que les blogueuses se font chouchouter lors de certains events !

Il suffisait d’être patiente : j’ai trouvé la pose de vernis à moins de 10 euros et maintenant la manucure flash 15mn = 15 euros. Je ne vais pas vous faire l’historique des rouges à lèvre entre les mattes, les sans transfert, longue tenue, les laques etc. J’ai acheté plusieurs rouges à lèvre que je mettais rarement puis mon 1er vrai rouge est arrivé. Je l’ai longtemps gardé comme un trophée caché au fond de la pochette dans mon sac à main avec un tas de petites choses très personnelles comme un chapelet, mon stylo préféré, des lentilles contacts de rechange, etc.

J’exerce un métier où pour des questions d’hygiène, on est censé avoir les ongles courts et propres, ne pas être trop maquillée. Au fil des années, j’ai enlevé mes bagues, puis mes médailles de baptême que je portais autour du cou pour des raisons de service public et de laïcité… J’ai réalisé que j’avais gommé au travail toute une partie de moi et c’est sans doute pour cela aussi en partie que je me suis coupée les cheveux et que j’ai arrêté les teintures. Finalement la seule part d’expression personnelle qui me restait ! Parallèlement j’avais du mal à reprendre tous ces attributs de ma féminité lorsque j’étais en repos.

Depuis un peu plus d’un an, je deviens cette dame que j’ai toujours rêvé être : celle qui met des jupes et des robes quand çà lui chante, du rouge à lèvre et du mascara à 8h du matin (ou dans l’ascenseur), celle qui se fait faire des mani-pédi le week-end ! Je mets à nouveau des bijoux avec parcimonie, juste une pointe de féminité ou pour donner un peu de punch à une tenue. J’adore les années 50 mais je suis quand même un peu plus évoluée concernant les codes de la société.

Cela peut paraître futile, superficiel mais c’est un véritable accomplissement que je vis grâce à ces 2 produits que sont le vernis à ongle et le rouge à lèvre. Ils viennent compléter et parfaire ma panoplie. J’ai toujours su que j’étais une femme, noire qui plus est. Maintenant je suis aussi une Dame. Et s’il m’a fallu un certain temps pour atteindre ce statut dans ma tête, j’ai l’impression qu’il enlève autre chose : mon âge. Car pour moi, une dame n’a pas d’âge !

 

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Muriel

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5 mois plus tard…

Nouveau job, nouvelle vie depuis 5 mois maintenant…

Comment vous décrire ce sentiment, cette sensation « d’être dans la vraie vie » après près de 20 ans d’horaires et de jours décalés ?

Si je ne fais plus de soins, j’organise mon travail comme je veux au sein de cette nouvelle équipe de travailleurs sociaux et j’effectue toujours des visites à domicile qui me font découvrir de rues, des ruelles, des passages. Je découvre réellement la vie des personnes fragiles socialement dans notre pays.  Exercer le même métier différemment, découvrir le fonctionnement d’une entreprise privée, même s’il s’agit d’un groupe associatif à but non lucratif. Dossiers, entretiens, évaluations, projets, ateliers de prévention, interventions, recherche de partenariats, formations sont mon lot quotidien et cela me fait du bien d’être sollicitée intellectuellement : j’adore çà !

Pour la 1ère fois depuis 20 ans, j’ai profité des nombreux jours fériés et ponts du mois de Mai : un délice ! En plus, pas de prise de tête pour des questions de planning… J’ai posé 3 semaines de vacances cet été sans que l’on me dise quoi que ce soit !!! Je quitte le bureau sans état d’âme, sans culpabilité. Si j’amène du « travail » à la maison, ce sont juste des documents à lire, pour apprendre encore et toujours, juste pour le plaisir et au cas où l’envie de « devenir chef » me reprendrait.

Comme il faut bien un côté négatif, je ne vous cacherai pas que j’ai pris du poids malgré mes résolutions et mon inscription au club de gym dans la rue à côté du bureau. J’essaie de me reprendre en main mais ce n’est pas le plus urgent. Je réussis à ne pas pester contre les aléas du métro, à garder la joie et l’envie intacte. Les jours défilent si vite parfois que je progresse presque malgré moi au niveau de mon organisation personnelle (enfin !!! Il n’est jamais trop tard…).

Pour des raisons que vous comprendrez aisément, je ne parlerai pas ou peu de mes collègues. Parce qu’il n’y a pas grand chose à dire à part qu’ils sont jeunes et sympas. J’ai un peu de mal à admettre que je suis la plus âgée de l’équipe et bien sûr la seule mère de famille nombreuse. Je sens bien le décalage, qui n’est pas forcément celui que l’on pourrait penser.

A la maison, c’est aussi un gros changement : comme une espèce de reconnaissance de la part de Petit mari… Il s’intéresse vraiment à ce que je fais car nous avons presque un langage professionnel commun, fait de réunions, de « co-pils », d’évaluations, de financements etc. Il me pose des questions sur mes journées et mes projets. Nous faisons même des trajets ensemble (j’ai profité de l’air conditionné de la voiture la semaine dernière). Quelque part, cela nous a rapproché.

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Muriel

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Nouveau job 15 jours plus tard

Nouveau boulot, horaires de bureau mais du mal à trouver un rythme perso.

Pourtant ce n’est pas compliqué, je suis au bureau juste avant 9h tous les matins. J’ai environ 45 mn de trajet en transport public. Pause déjeuner de 13h à 14h et je termine le soir à 18h du lundi au jeudi, 17h le vendredi. J’ai environ une centaine de dossiers à suivre, des actions d’information et de prévention à mener. Je vais aussi travailler sur un nouveau projet : l’Hébergement citoyen.

Bref, je suis ravie de ce changement de cap, de cette ouverture aux autres et d’avoir retrouvé la possibilité de me construire une carrière.

Car oui le travail en équipe, la confrontation et la réflexion m’ont manqué pendant toutes ces années. C’est bête mais j’aime partager un bureau avec des collègues, réfléchir ensemble, rire, discuter et nous avons déjà prévu des happy hours afin de renforcer la cohésion d’équipe (je suis la seule infimière dans une équipe de 8 travailleurs sociaux).

Certes je ne fais plus de soins mais j’en ai fait pendant 20 ans, c’est comme le vélo, je n’oublierai pas ! Donc j’ai mon mug, des gâteaux dans mon tiroir, du thé et un pot plein de stylos. J’ai aussi un portable pro, une ligne directe et un agenda qui se remplit vite de réunions et autres rdv.

J’apprends à faire des tableaux Excel pour quantifier mon activité, à écrire des notes et des projets. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

Je suis contente d’avoir réussi à maintenir ma routine du matin en mettant mon réveil à 6h : j’ai 1h30 pour méditer, visualiser, lire, écrire et boire mon yogi tea. Malheureusement, le gros point noir est mon incapacité à bouger mon corps depuis 2 mois : j’ai tout arrêté et ma silhouette s’est alourdie d’au moins 5-6 kg. De 12 à 15km parcourus par jour quand j’étais en libéral, je suis passée à 3-6km maxi.

Je ne saurai vous dire à quel point j’apprécie de rentrer chez moi au plus tard à 19h le soir sans avoir mal partout ! C’est un tel confort surtout quand je n’ai pas de 2è journée qui commence vu que mes enfants sont grands. Par contre, je n’ai pas encore trouvé de routine pour les 90-120mn dont je dispose… J’attends avec impatience le retour de ma prof de yoga et la motivation pour du running.

Dernier point positif et superficiel : je peux enfin mettre les vêtements que je veux !!! Cela n’a l’air de rien et totalement futile à la fois, mais avoir une armoire qui regorge de fringues et ne pas pouvoir les mettre car pas pratiques quand je montais et descendais toute la journée me frustrait énormément et devenait ridicule. Aujourd’hui, je peux de nouveau mettre des robes et des jupes en hiver, bientôt je sortirai mes jolies chaussures aussi.

Je suis heureuse de ne plus me plaindre, de ne plus être épuisée, de ne plus penser h24 au boulot, de parler de belles actions sociales et humanitaires à mes enfants et à mon mari, d’avoir réellement du temps pour faire des entretiens infirmiers, de rencontrer des gens formidables, de pouvoir exercer mon métier différemment et d’apprendre encore…

Je vous remercie pour vos gentils mots et votre intérêt sincère. Je suis désolée encore une fois de vous avoir laissé sans nouvelles.

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Muriel

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Dans les 2 sens..

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Un des inconvénients du libéral est que l’on fait surtout du maintien à domicile. De fait, l’essentiel de nos tournées consiste à rendre visite à des personnes âgées. Heureusement, elles ne sont pas toutes Alzheimer ou acariâtres mais chez la plupart, le disque est un peu rayé malgré notre bonne humeur, nos sourires, notre entrain et tous nos efforts de conversation.

Parfois le bonheur et l’éclat d’une journée, c’est l’injection d’anticoagulant chez une ado qui s’est cassée la jambe, chez un jeune papa victime d’un accident du travail… Et je me retrouve à bercer ou faire des câlins à un bébé pour le faire patienter. Ce sont des souvenirs, des sourires échangés, une autre façon d’exercer mon métier, un retour aux sources et cela redonne du sens à ma pratique. Ce sont ces bouffées d’air frais qui me donnent du courage !

Savoir au bout de quelques jours que je suis attendue, qu’un grand sourire m’accueille, que des petites yeux curieux vont observer chacun de mes gestes et que j’aurai droit à un gros bisou en partant.

Il y a quelques mois, lors de la prise en charge d’un nouveau patient, j’ai voulu faire un peu connaissance avec sa famille. C’est un monsieur de 80 ans qui vit chez son fils, sa belle-fille et leurs enfants. Un jour que je suis arrivée un peu en avance, le patient n’était pas rentré de sa séance de kiné, j’ai demandé à pouvoir attendre à l’intérieur (il m’est arrivé qu’on me fasse attendre sur le palier). Naïvement j’ai voulu engager la conversation avec un des petits-fils, jeune adulte de 24-25 ans… Le lendemain j’ai eu droit à un accueil glacial des 2 parents, me demandant pour quoi j’avais posé des questions, en claire pourquoi je m’intéressais à eux… Franchement j’ai été estomaquée ! En 20 ans de carrière, c’est bien la 1ère fois que l’on me fait ce jour de reproche. J’ai ensuite compris que c’était de la surprise car les infirmiers qui m’avaient précédé, entraient et sortaient sans échanger un mot en dehors des formules de politesse « obligatoires ».

J’ai été plus dans la retenue et la réserve avec cette famille. J’ai bien senti au fil des semaines et des mois une forme de détente mais j’ai eu de la peine pour eux. Il était évident que la présence du grand-père était une charge qui avait modifié l’équilibre familial au point que chacun ne se sentait plus à l’aise dans cette maison. Il y avait aussi un conflit père-fils à peine dissimulé.

A domicile, les patients nous confondent avec des prestataires de service : on est entre le livreur et la femme de ménage sur une échelle de valeurs… Seulement dans le cadre d’une prise en charge de diabète, de maladie d’Alzheimer ou tout simplement d’un maintien à domicile d’une personne âgée et/ou handicapée, en étant là plusieurs fois par jour, nous avons une vision globale du patient et de sa famille, nous repérons les personnes ressources, les personnes nuisibles. Nous pouvons déterminer certaines aides, certains aménagements. Nous sommes là aussi pour les familles, les aidants, ceux qui s’épuisent tous les jours, au mépris de leur propre santé souvent.

Il m’est arrivé plus d’une fois d’alerter le médecin traitant, la famille ou les secours parce que l’épouse d’un patient (il y a quelques époux aussi) se néglige, ne va pas bien, a besoin de souffler… Alors oui, on a besoin de savoir sur qui on peut compter nous aussi ! Parfois on observe, d’autres fois on pose des questions, souvent on ne dit rien. Mais ce n’est pas pour autant qu’on n’a pas senti l’atmosphère lourde, qu’on n’a pas remarqué que la personne âgée n’a pas été changée depuis plusieurs jours, que le frigo est vide ou déborde d’aliments auxquels elle n’a pas droit de toucher (ce qui est embêtant quand elle est dénutrie et que c’est sa petite retraite qui sert à améliorer l’ordinaire de la famille). Nous remarquons aussi les petits et gros hématomes, les yeux qui s’éclairent quand on arrive, les vêtements pleins d’urines ou les selles qui ont séché depuis des heures car personne ne veut y toucher. Nous notons aussi les vêtements usés jusqu’à la corde, les 6 épaisseurs de tee-shirts pour ne pas dépenser un centime pour le vieux ou la vieille, l’absence de tapis de baignoire, les chaussures inadaptées et les familles qui n’ont jamais le temps.

Nous devons faire avec tout çà pour établir un plan de soins, en sachant ce que l’on peut demander et ce que l’on ne peut pas. Car les familles n’ont pas ce genre de barrière pour beaucoup : y’en a qui osent tout ! Entre les résultats de labo à récupérer, les nouvelles ordonnances directement chez le médecin, les médicaments à la pharmacie, le pain à la boulangerie, le linge à la laverie, être là pour la livraison de repas à domicile, être là quand le kiné passera, faire des heures sup’ quand la famille part en vacances en laissant la personne malade seule, monter le courrier, etc. Donc oui, je suis une infirmière « curieuse » mais c’est uniquement pour le bien de mes patients. D’autres diraient tout simplement que je m’intéresse aux gens…

 

Muriel

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