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5 mois plus tard…

Nouveau job, nouvelle vie depuis 5 mois maintenant…

Comment vous décrire ce sentiment, cette sensation « d’être dans la vraie vie » après près de 20 ans d’horaires et de jours décalés ?

Si je ne fais plus de soins, j’organise mon travail comme je veux au sein de cette nouvelle équipe de travailleurs sociaux et j’effectue toujours des visites à domicile qui me font découvrir de rues, des ruelles, des passages. Je découvre réellement la vie des personnes fragiles socialement dans notre pays.  Exercer le même métier différemment, découvrir le fonctionnement d’une entreprise privée, même s’il s’agit d’un groupe associatif à but non lucratif. Dossiers, entretiens, évaluations, projets, ateliers de prévention, interventions, recherche de partenariats, formations sont mon lot quotidien et cela me fait du bien d’être sollicitée intellectuellement : j’adore çà !

Pour la 1ère fois depuis 20 ans, j’ai profité des nombreux jours fériés et ponts du mois de Mai : un délice ! En plus, pas de prise de tête pour des questions de planning… J’ai posé 3 semaines de vacances cet été sans que l’on me dise quoi que ce soit !!! Je quitte le bureau sans état d’âme, sans culpabilité. Si j’amène du « travail » à la maison, ce sont juste des documents à lire, pour apprendre encore et toujours, juste pour le plaisir et au cas où l’envie de « devenir chef » me reprendrait.

Comme il faut bien un côté négatif, je ne vous cacherai pas que j’ai pris du poids malgré mes résolutions et mon inscription au club de gym dans la rue à côté du bureau. J’essaie de me reprendre en main mais ce n’est pas le plus urgent. Je réussis à ne pas pester contre les aléas du métro, à garder la joie et l’envie intacte. Les jours défilent si vite parfois que je progresse presque malgré moi au niveau de mon organisation personnelle (enfin !!! Il n’est jamais trop tard…).

Pour des raisons que vous comprendrez aisément, je ne parlerai pas ou peu de mes collègues. Parce qu’il n’y a pas grand chose à dire à part qu’ils sont jeunes et sympas. J’ai un peu de mal à admettre que je suis la plus âgée de l’équipe et bien sûr la seule mère de famille nombreuse. Je sens bien le décalage, qui n’est pas forcément celui que l’on pourrait penser.

A la maison, c’est aussi un gros changement : comme une espèce de reconnaissance de la part de Petit mari… Il s’intéresse vraiment à ce que je fais car nous avons presque un langage professionnel commun, fait de réunions, de « co-pils », d’évaluations, de financements etc. Il me pose des questions sur mes journées et mes projets. Nous faisons même des trajets ensemble (j’ai profité de l’air conditionné de la voiture la semaine dernière). Quelque part, cela nous a rapproché.

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Muriel

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Nouveau job 15 jours plus tard

Nouveau boulot, horaires de bureau mais du mal à trouver un rythme perso.

Pourtant ce n’est pas compliqué, je suis au bureau juste avant 9h tous les matins. J’ai environ 45 mn de trajet en transport public. Pause déjeuner de 13h à 14h et je termine le soir à 18h du lundi au jeudi, 17h le vendredi. J’ai environ une centaine de dossiers à suivre, des actions d’information et de prévention à mener. Je vais aussi travailler sur un nouveau projet : l’Hébergement citoyen.

Bref, je suis ravie de ce changement de cap, de cette ouverture aux autres et d’avoir retrouvé la possibilité de me construire une carrière.

Car oui le travail en équipe, la confrontation et la réflexion m’ont manqué pendant toutes ces années. C’est bête mais j’aime partager un bureau avec des collègues, réfléchir ensemble, rire, discuter et nous avons déjà prévu des happy hours afin de renforcer la cohésion d’équipe (je suis la seule infimière dans une équipe de 8 travailleurs sociaux).

Certes je ne fais plus de soins mais j’en ai fait pendant 20 ans, c’est comme le vélo, je n’oublierai pas ! Donc j’ai mon mug, des gâteaux dans mon tiroir, du thé et un pot plein de stylos. J’ai aussi un portable pro, une ligne directe et un agenda qui se remplit vite de réunions et autres rdv.

J’apprends à faire des tableaux Excel pour quantifier mon activité, à écrire des notes et des projets. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer !

Je suis contente d’avoir réussi à maintenir ma routine du matin en mettant mon réveil à 6h : j’ai 1h30 pour méditer, visualiser, lire, écrire et boire mon yogi tea. Malheureusement, le gros point noir est mon incapacité à bouger mon corps depuis 2 mois : j’ai tout arrêté et ma silhouette s’est alourdie d’au moins 5-6 kg. De 12 à 15km parcourus par jour quand j’étais en libéral, je suis passée à 3-6km maxi.

Je ne saurai vous dire à quel point j’apprécie de rentrer chez moi au plus tard à 19h le soir sans avoir mal partout ! C’est un tel confort surtout quand je n’ai pas de 2è journée qui commence vu que mes enfants sont grands. Par contre, je n’ai pas encore trouvé de routine pour les 90-120mn dont je dispose… J’attends avec impatience le retour de ma prof de yoga et la motivation pour du running.

Dernier point positif et superficiel : je peux enfin mettre les vêtements que je veux !!! Cela n’a l’air de rien et totalement futile à la fois, mais avoir une armoire qui regorge de fringues et ne pas pouvoir les mettre car pas pratiques quand je montais et descendais toute la journée me frustrait énormément et devenait ridicule. Aujourd’hui, je peux de nouveau mettre des robes et des jupes en hiver, bientôt je sortirai mes jolies chaussures aussi.

Je suis heureuse de ne plus me plaindre, de ne plus être épuisée, de ne plus penser h24 au boulot, de parler de belles actions sociales et humanitaires à mes enfants et à mon mari, d’avoir réellement du temps pour faire des entretiens infirmiers, de rencontrer des gens formidables, de pouvoir exercer mon métier différemment et d’apprendre encore…

Je vous remercie pour vos gentils mots et votre intérêt sincère. Je suis désolée encore une fois de vous avoir laissé sans nouvelles.

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Muriel

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Dans les 2 sens..

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Un des inconvénients du libéral est que l’on fait surtout du maintien à domicile. De fait, l’essentiel de nos tournées consiste à rendre visite à des personnes âgées. Heureusement, elles ne sont pas toutes Alzheimer ou acariâtres mais chez la plupart, le disque est un peu rayé malgré notre bonne humeur, nos sourires, notre entrain et tous nos efforts de conversation.

Parfois le bonheur et l’éclat d’une journée, c’est l’injection d’anticoagulant chez une ado qui s’est cassée la jambe, chez un jeune papa victime d’un accident du travail… Et je me retrouve à bercer ou faire des câlins à un bébé pour le faire patienter. Ce sont des souvenirs, des sourires échangés, une autre façon d’exercer mon métier, un retour aux sources et cela redonne du sens à ma pratique. Ce sont ces bouffées d’air frais qui me donnent du courage !

Savoir au bout de quelques jours que je suis attendue, qu’un grand sourire m’accueille, que des petites yeux curieux vont observer chacun de mes gestes et que j’aurai droit à un gros bisou en partant.

Il y a quelques mois, lors de la prise en charge d’un nouveau patient, j’ai voulu faire un peu connaissance avec sa famille. C’est un monsieur de 80 ans qui vit chez son fils, sa belle-fille et leurs enfants. Un jour que je suis arrivée un peu en avance, le patient n’était pas rentré de sa séance de kiné, j’ai demandé à pouvoir attendre à l’intérieur (il m’est arrivé qu’on me fasse attendre sur le palier). Naïvement j’ai voulu engager la conversation avec un des petits-fils, jeune adulte de 24-25 ans… Le lendemain j’ai eu droit à un accueil glacial des 2 parents, me demandant pour quoi j’avais posé des questions, en claire pourquoi je m’intéressais à eux… Franchement j’ai été estomaquée ! En 20 ans de carrière, c’est bien la 1ère fois que l’on me fait ce jour de reproche. J’ai ensuite compris que c’était de la surprise car les infirmiers qui m’avaient précédé, entraient et sortaient sans échanger un mot en dehors des formules de politesse « obligatoires ».

J’ai été plus dans la retenue et la réserve avec cette famille. J’ai bien senti au fil des semaines et des mois une forme de détente mais j’ai eu de la peine pour eux. Il était évident que la présence du grand-père était une charge qui avait modifié l’équilibre familial au point que chacun ne se sentait plus à l’aise dans cette maison. Il y avait aussi un conflit père-fils à peine dissimulé.

A domicile, les patients nous confondent avec des prestataires de service : on est entre le livreur et la femme de ménage sur une échelle de valeurs… Seulement dans le cadre d’une prise en charge de diabète, de maladie d’Alzheimer ou tout simplement d’un maintien à domicile d’une personne âgée et/ou handicapée, en étant là plusieurs fois par jour, nous avons une vision globale du patient et de sa famille, nous repérons les personnes ressources, les personnes nuisibles. Nous pouvons déterminer certaines aides, certains aménagements. Nous sommes là aussi pour les familles, les aidants, ceux qui s’épuisent tous les jours, au mépris de leur propre santé souvent.

Il m’est arrivé plus d’une fois d’alerter le médecin traitant, la famille ou les secours parce que l’épouse d’un patient (il y a quelques époux aussi) se néglige, ne va pas bien, a besoin de souffler… Alors oui, on a besoin de savoir sur qui on peut compter nous aussi ! Parfois on observe, d’autres fois on pose des questions, souvent on ne dit rien. Mais ce n’est pas pour autant qu’on n’a pas senti l’atmosphère lourde, qu’on n’a pas remarqué que la personne âgée n’a pas été changée depuis plusieurs jours, que le frigo est vide ou déborde d’aliments auxquels elle n’a pas droit de toucher (ce qui est embêtant quand elle est dénutrie et que c’est sa petite retraite qui sert à améliorer l’ordinaire de la famille). Nous remarquons aussi les petits et gros hématomes, les yeux qui s’éclairent quand on arrive, les vêtements pleins d’urines ou les selles qui ont séché depuis des heures car personne ne veut y toucher. Nous notons aussi les vêtements usés jusqu’à la corde, les 6 épaisseurs de tee-shirts pour ne pas dépenser un centime pour le vieux ou la vieille, l’absence de tapis de baignoire, les chaussures inadaptées et les familles qui n’ont jamais le temps.

Nous devons faire avec tout çà pour établir un plan de soins, en sachant ce que l’on peut demander et ce que l’on ne peut pas. Car les familles n’ont pas ce genre de barrière pour beaucoup : y’en a qui osent tout ! Entre les résultats de labo à récupérer, les nouvelles ordonnances directement chez le médecin, les médicaments à la pharmacie, le pain à la boulangerie, le linge à la laverie, être là pour la livraison de repas à domicile, être là quand le kiné passera, faire des heures sup’ quand la famille part en vacances en laissant la personne malade seule, monter le courrier, etc. Donc oui, je suis une infirmière « curieuse » mais c’est uniquement pour le bien de mes patients. D’autres diraient tout simplement que je m’intéresse aux gens…

 

Muriel

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Rester, partir

Il a un cancer du poumon et des problèmes circulatoires. Il est dénutri et il a les jambes gonflées. Il habite un immeuble sans ascenseur : monter et descendre quelques étages est devenu un calvaire. Il a des métastases et elle fait une fixation sur ses jambes… Elle ne comprend pas pourquoi avec les progrès de la médecine, on n’arrive pas à tout guérir avec une seule pilule ! Je me demande si elle est conne ou si elle le fait exprès mais je n’ai pas le droit de le dire, ni même de le penser. Alors j’écoute, je souris tristement, je compatis et je le regarde lui. Je crois qu’il a compris qu’il est devenu un poids pour elle, que sa maladie a contrarié leurs plans de retraite, ses rêves d’une autre vie. Alors il se laisse mourir doucement, sans rien dire, pour ne pas la contrarier plus qu’elle ne l’est déjà…

Souvent les hommes s’en vont quand leur compagne a un cancer, alors que les femmes restent. Dans certains cas, elles feraient mieux de partir.

Muriel

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Alors et ta semaine ?

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La semaine dernière quand j’ai allumé mon ordi pro dimanche soir et vu mon planning de lundi, j’ai su que ma semaine serait difficile. La météo s’annonçait mauvaise en plus ! Il est 23h, ma semaine de travail est terminée. Je peux donc officiellement déclarer que ce fut une « belle semaine de m…. » Pourtant il y a eu indéniablement et essentiellement du positif, même dans la gestion de situations de crise : je me suis surprise moi-même face à des personnes particulièrement agressives. J’apprends aussi enfin à faire avec des personnes qui veulent toujours avoir le dernier mot. Vous savez les gens qui vous rentrent dedans alors que vous ne les connaissez pas, qui passent leur temps à ruminer et ont toujours des comptes à régler. Lâcher l’affaire quand çà n’a pas d’importance (= je n’ai rien à perdre) ou faire du « fact checking » et leur clouer le bec, voire obtenir des excuses que vous n’attendez même pas !

Je me suis littéralement écroulée de fatigue tous les soirs mais je me suis réveillée en forme tous les matins. Mon sommeil est profond et réparateur, signe que j’ai fait le bon choix en privilégiant le silence et en bannissant les horloges mécaniques de la maison. Mon horloge interne fonctionne bien car même en oubliant de mettre l’alarme de mon téléphone pour 6h samedi matin, je me suis réveillée naturellement à l’heure à ma grande surprise.

C’est un peu étrange cette sensation de lâcher prise, de constater le négatif tout en laissant aller sans ruminer…

J’ai eu des réponses à certaines questions, fait la connaissance de ma nouvelle petite nièce née le 14 février, retrouvé mes 4 enfants à la maison vendredi soir, moins mangé, perdu un peu de poids, soigné de nouveaux patients, retrouvé des anciens pour de nouveaux soins.

Ce soir, je clos cette semaine et demain j’en écrirai une autre beaucoup plus belle…

Muriel

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